Partager la publication « Tepco et la NISA estiment qu’une zone de travail exposée à 0.7 µSv/h soit 2 mSv/an peut être « non contrôlée » »
Au mépris du raisonnement – fort logique – qui veut que toute dose de radioactivité reçue par les travailleurs du nucléaire au cours de leur activité soit contrôlée et enregistrée dans leur dossier médical, l’opérateur du site de Fukushima-Daiichi vient, à grand renfort de blindages et de travaux d’enlèvement d’objets radioactifs de toute sorte, d’isoler suffisamment la salle principale du bâtiment anti-sismique (2ème étage du bâtiment Station Électrique) pour finalement y lever toute restriction de zonage radioactif, signe d’une possible levée des contrôles dosimétriques dans cette zone.
Autrement dit, selon l’interprétation de certains travailleurs employés sur le site, ces derniers pourraient ne plus être astreints au port du dosimètre personnel dans cette salle. Autrement dit, les doses de radioactivité – estimées à 0.7µSv/h – reçues à l’occasion de séances de travail dans cette salle pourraient purement et simplement ne plus figurer dans leur dossier personnel de suivi médical. Autrement dit encore, Tepco validerait ainsi l’économie de quelques 5 µSv par travailleur et par journée de travail.
Bien entendu, le bureau d’enregistrement des propositions Tepco appelé « NISA » s’est empressé de donner son feu vert à ce type de demande. Comme il n’existe au Japon qu’un seul type de zonage, admirez en passant la définition de la zone « non contrôlée » : « toute zone autre que contrôlée » ; l’opérateur n’ayant pas osé aller jusqu’à écrire, « à la Japonaise », qu’une zone à 6mSv/an est exempte de toute radioactivité « dangereuse ».
Ce nouveau petit bricolage n’a l’air de rien mais il est significatif de la poursuite de la dégradation des conditions de travail dans le secteur nucléaire, de sa déréglementation et du bien peu de cas qu’il fait de ses travailleurs qui deviennent, jour après jour, de la chair à millli-Sievert ou des « bio-robots ». Il est par exemple évoqué le fait que l’opérateur va ainsi pouvoir continuer à employer en zone « non contrôlée » les travailleurs qui auront déjà atteint la limite annuelle fixée à 100 mSv/an au Japon. L’opérateur indique d’ailleurs, dans une novlangue admirable, que l’une de ses principales préoccupations est d’augmenter le nombre de ces zones « non-contrôlées » sur le site : « Nous travaillons chaque jour à maintenir la stabilité de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi (1), à réduire les doses de radiations sur le site (2) ainsi qu’à augmenter le nombre de zones non contrôlées« . Dont acte.
La réglementation du Zonage Radioactif en France
Le contrôle de l’exposition d’un travailleur est systématique en France dès que ce dernier est exposé à un débit de dose supérieur à 0.5 µSv/h – ou 0.25 µSv/h selon d’autres sources – (zone « bleue » ou « surveillée ») mais l’exposition accumulée est plus généralement contrôlée dès que le travailleur pénètre dans une zone soumise aux rayonnements ionisants, donc à priori quel que soit le niveau de débit de dose constaté (arrêté du 30/12/2004, période de port du dosimètre passif, Ann. 3.4) (3) ; autrement dit, selon notre interprétation, même les doses d’exposition inférieures à 0.5 (0.25) µSv/h doivent être comptabilisées au moyen de la dosimétrie passive dès qu’elles sont subies au titre de l’activité professionnelle du salarié. Il est vrai que le droit du travail français – et le droit français en général – est assez protecteur dans ce domaine comme dans d’autres.
Dans les faits, le dosimètre passif est habituellement porté pendant les heures de travail du personnel et le dosimètre ôté uniquement lors de la fin de la période d’activité professionnelle (exemple : port du « badge » dosimétrique dans la fonction publique hospitalière).
Le simple fait de devoir « décrocher » son dosimètre passif personnel lors de la sortie d’une « zone contrôlée » tout en restant dans le périmètre d’une installation nucléaire – à fortiori dans l’état de celle de Fukushima – nous semble en définitive une notion « impalpable ». Rêverions-nous ?
(1) Voir à ce sujet l’excellent réponse de Pierre Fetet aux déclarations de Luc Oursel pour se faire une idée précise de cette soi-disant « stabilité »
(2) Tepco ne « réduit » pas la radioactivité, il la déplace simplement « ailleurs » ou alors il patiente… parfois très longtemps (40 années pour le démantèlement des ex-réacteurs)!
(3) L’annexe 3.4 serait ambiguë si elle ne comportait la précision « notamment lors de l’activité en zone contrôlée »
Sources :
fukushima-diary, 4/5, anglais
Handout press, Tepco, 26/4, anglais
Press release, Tepco, 27/4, anglais

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Le blog français des veilleurs de Fukushima