Les réfugiés du nucléaire, partie 2/2 : des gens, des terres, des animaux

Après avoir insisté dans le billet d’hier sur les paroles d’hommes et de femmes de l’ex-village d’Itate, évacués tardivement, mal dans leur peau, des êtres que les autorités entendent priver de sentiments, nous allons aujourd’hui présenter à nos lecteurs quelques réflexions à la suite de l’observation de la seconde partie du petit film d’Ian Thomas Ash : “Les habitants d’Itate, réfugiés du nucléaire, un an après”.

 

(11:33) “Ils nous ont même dit de ne pas sortir de nos maisons” [en attendant l’évacuation]

Une cultivatrice de riz désherbe préventivement sa rizière avant son évacuation car, précise-t-elle, “sa parcelle risquerait d’être envahie par les herbes folles”. Ces gens espéraient pouvoir revenir, ils espéraient – au moins un moment – que l’évacuation ne serait que temporaire. C’était bien mal connaitre la radioactivité…

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(12:10) “Je suis perdue… Qu’est-ce qu’un Sievert peut bien signifier ?”

“L’endroit où je devais être évacuée a lui-même été évacué car il était trop radioactif… Je dois maintenant trouver un autre lieu… Il n’y a plus une seule personne jeune ici pour me dire ce que je dois exactement faire.”

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(12:56) Une année plus tard, les herbes folles ont envahi la rizière

Qu’à bien pu devenir l’agricultrice âgée ? Fait-elle partie des centaines de décès (principalement des personnes âgées) dans la région de Fukushima imputables à l’évacuation, donc à l’accident et des dizaines de milliers qui ont été plus ou moins atteintes dans leur chair, dans leurs tête par cette catastrophe ? Notre amie est peut-être malade, surement affaiblie par cette évacuation.

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Comment rester impassible et neutre face à une telle détresse ? La catastrophe de Fukushima-Daiichi est décidément, des trois plaies qui ont touché le Japon au printemps 2011, celle qui laissera le plus de marques, le plus de souffrances ; le deuil sera impossible car l’évacuation a tiré un trait rouge et brulant sur ce qui est le plus cher aux yeux de personnes d’un certain âge : la terre, les habitations, les villages, les racines profondes de l’humanité.

 

(14:00) “J’ai voulu connaitre par moi-même le niveau de radioactivité [sur mes terres]”

M. Katsuzo Shoji, exploitant agricole à Itate, était tout d’abord incrédule : il a voulu vérifier par lui-même en juin 2011 le niveau de contamination de la terre qu’il exploite sur un carré de choux (1) qu’il a planté pour l’occasion. Une année plus tard, la ferme de M. Shoji est abandonnée, le carré de choux également ; en fait, nous ne connaitrons probablement jamais le niveau de la contamination du dernier carré de choux de M. Shoji. Le bétail a quant à lui été abattu fin juin 2011.

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Les “compensations financières” : 8670 Euros pour une vie ?

Amis lecteurs, si arrivés à ce point vous pensez que les Japonais évacués ont au moins bénéficié d’une assistance financière convenable, vous vous fourrez le doigt dans l’œil : chaque adulte évacué n’a touché qu’une indemnité “provisoire” de 1 million de yens soit environ 9000 Euros.

Et enfin, comme promis, la réponse à notre test sur les Japonais encore évacués à ce jour

C’est un chiffre qui est très discrètement publié, peu commenté mais malgré tout extrêmement contesté – et contestable – : nous reprendrons les chiffres communiqués par l’Asahi Shimbun fin novembre 2011 et repris dans un entrefilet de Courrier International daté du 2 décembre 2011 :

- Nombre total d’évacués suite à la triple catastrophe de mars 2011 : 330.000 (toutes préfectures)

- Évacuations localisées dans la préfecture de Fukushima et officiellement imputées à la catastrophe nucléaire (2) : 153.000 habitants dont 93.000 relogés en-dehors de la préfecture de Fukushima

153.000 évacués / réfugiés, soit la population d’une ville française comme Dijon ou Grenoble et en gardant bien à l’esprit que le zonage tel qu’il a été effectué par les Japonais est plutôt restreint : si une ville comme Koriyama, située à peine quelques kilomètres plus loin de Fukushima-Daiichi qu’Itate devait finalement être évacuée, le total augmenterait de 360.000 personnes soit l’équivalent de la population d’une ville comme celle de Nice.

(1) Les légumes à large feuilles étant très sensibles à la contamination par exemple aux Césiums, les particules radioactives pénétrant à la fois dans les feuilles mais également dans les racines par l’intermédiaire du sol contaminé

(2) Evacués pouvant prétendre à une compensation financière de l’opérateur Tepco au titre de la catastrophe nucléaire cf. http://www.gen4.fr/2012/01/politique-tepco-nationalise-tous-les-reacteurs-japonais-seront-hors-production-courant-avril-2012.html

 

Lire également : We’ve no idea when we’ll be back, Japan Focus, 11 mai 2011 (249)

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  • JAnonymous

    Et negligeant ces 300’000 personnes, le premier ministre declare qu’il faut re-demarrer les reacteurs nucleaires pour garantir la securite des menages…
    Est-ce que c’est de l’humour noir, ou bien il pense vraiment ce qu’il dit ? On en reparlera vendredi. En attendant, je vous laisse deguster son commentaire au sujet des protestations hebdomadaires sous ses fenetres, tirees du Fukushima diary (traduction par FD) : « I realize that people are having mixed feeling about nuclear plants from Fukushima accident. However, it is government’s responsibility to make a decision even though people are divided over the matter. I want to explain occasionally. » Ce qui donne grosso modo : « Je me rends bien compte que la population a des sentiments mitiges par rapport aux centrales nucleaires a cause de l’accident de Fukushima. Cependant, c’est la responsabilite du gouvernement de prendre des decisions meme sur des problemes qui divisent les gens. Je m’expliquerai a l’occasion. »
    Dans mon idee de la democratie, les elus etaient au service du peuple. Il faut bien se rendre a l’evidence que dans la democratie ici au Japon, les puissants sont en guerre ouverte contre le peuple. Il suffit de regarder tout ce qui touche a la question nucleaire (nouvelle agence de controle, redemarrage des reacteurs, hausse des prix tepco, nationalisation tepco pour subventions sur l’argent des contribuables, etc…) ou a la gestion de l’incineration des dechets a l’echelle nationale (on ne compte plus les declarations de maires ou gouverneurs en collusion avec l’industrie du traitement des dechets qui proclament qu’ils bruleront les dechets quoiqu’il arrive).