Gundersen : du combustible aurait quitté le confinement de l’unité n°. 2

Arnold Gundersen interviewé par Helen Caldicott, partie 2 :

12:00 : « En conclusion, au niveau de l’unité n°. 2, de petites pièces de combustible se sont frayées un chemin à travers le confinement pour se déposer au niveau du bas de la chambre de suppression sous une forme poudreuse.« 

14:00 : « Ce qui est fascinant, c’est que ces fragments se sont échappés du tore et se trouvent à l’extérieur du confinement… Il est certain que la jonction entre le tore et la partie supérieure du confinement est endommagée. »

En imaginant que des fragments de combustible se soient effectivement détachés des assemblages pour se regrouper sur le plancher de la chambre de suppression, leur concentration dans les quelques 4m d’eau inondant cette salle pourrait effectivement expliquer pourquoi le combustible n’aurait pas formé un « bloc » unique de corium et pourquoi les fragments auraient été dispersés et isolés les uns des autres dans l’eau, en quelque sorte.

Par contre, en poursuivant ce raisonnement de corium particulaire diffus, la moindre fissure et la moindre fuite au niveau du radier entraineraient la dispersion de ces particules de combustible dans les nappes phréatiques et / ou vers l’océan.

Il faut rappeler que le béton armé utilisé en génie civil pour le radier des centrales nucléaires n’est généralement pas parfaitement étanche aux fluides du fait de sa porosité inhérente et de l’interconnexion obligatoire de certains réseaux d’écoulement reliant ces micro-cavités. Cet état initial se double souvent d’une détérioration de la perméabilité au fil du temps (1). Nous ajouterons à ce contexte initial le contexte sismique particulier de l’accident de Fukushima-Daiichi et les contraintes supplémentaires exercées sur les fondations des bâtiments-réacteur.

Il est donc probable que le radier de Fukushima « fuit » au moins en certains endroits et que l’écoulement de ces particules fines de combustible, si elles existent, ne semble pas pouvoir se voir limitées par le radier. Si le combustible est arrivé là, il a déjà traversé respectivement la cuve réacteur, la cuve du drywell, le confinement primaire en béton de 1,5 m d’épaisseur environ, ces derniers éléments étant théoriquement moins perméables qu’un « simple » radier dont le rôle initial n’est pas de jouer le rôle d’une barrière radiologique supplémentaire mais avant tout de former les emprises et les fondations des énormes bâtiments-réacteurs qui les surplombent.

Il faut rappeler enfin que la conception des réacteurs à eau bouillante est légèrement différente des réacteur à eau pressurisée et que, par définition, le confinement primaire du réacteur à eau bouillante est réalisé par un ensemble qui comprend une partie « sèche », le drywell et une partie « humide », le wetwell ou anneau de suppression. Le confinement primaire ne s’étend pas au-delà de cet anneau, car le combustible y parvenant suite à un accident majeur est – était – censé refroidir dans cette « piscine de suppression »… Un tore ou une pipe de transfert perforée et c’est l’accident majeur : la perte de confinement primaire.

Le confinement primaire d’un REB : Drywell + Wetwell , les 12 pipes de transfert relient le premier au second (beyond nuclear)

D’autre part, le radier semble moins épais sur les REB ; il mesure environ – si le schéma de la NRC ci-dessous est à l’échelle, environ 2 à 3 m contre environ 5 m sur les réacteurs à eau pressurisée.

La hauteur du tore est d »environ 8 m aussi l’épaisseur relative du radier est estimée de 2 à 3 fois moins (NRC/SNL), notez également l’évidement axial

Arnie pense que la fuite de particules de combustible aurait pu se produire au niveau des 8 énormes pipes reliant l’ampoule au tore. Quel que soit le chemin de fuite emprunté par le combustible (il existe d’autres points faibles au niveau du Drywell), les éclats métalliques observés lors de la deuxième l’endoscopie de l’unité n°. 1 semblent accréditer la présence de combustible et / ou de corium à ce niveau.

Un curieux reflet métallique observé le 28 juin au fond de la chambre de suppression n°. 1


(1) Source : Thèse de doctorat en génie civil, Verdier, 2001

Source : Interview de A. Gundersen sur le blog du Dr Helen Caldicott, 27 juillet, anglais (469)

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3 thoughts on “Gundersen : du combustible aurait quitté le confinement de l’unité n°. 2

  1. Question complémentaire : quelles nuances distinguent les coriums 1 et 2 ? quelles différences séparent les coriums 1 et 2 du corium 3 (réacteur au mox) ?

    • Hello Roland, on ne sait toujours pas grand chose sur les coriums à ce jour ; en ce qui concerne le combustible le 1 était chargé de 50 tonnes, le 2 contenait 80 tonnes et le 3 enfermait également environ 80 tonnes dont environ 5 tonnes de MOX / PUO2.

      Chaque cœur a-t-il intégralement fondu ? L’effondrement a-t-il été global ou fractionné ? Les coriums sont-ils diffus ou regroupés ? Quel sont leurs degrés d’activité, leurs caractéristiques de température, la composition des croûtes, la profondeur à laquelle ils se trouvent ? Si l’on est à peu près sûr qu’ils ont quitté au moins partiellement les confinements primaires, sont-ils parvenus à perforer les confinements secondaires (les radiers) ? Autant de mystères qui ne seront pas résolus de sitôt… On ne peut que supposer !

      Cordialement,
      Trifou

  2. Bonjour,

    Je me souviens avoir lu sur RPcirkus, quand il était encore en activité, que la partie inférieure des radiers à Fukushima n’était pas la stricte reproduction des spécifications Mark américaines.

    Pour tenir compte du fort risque sismique, le béton y serait cloisonné, donc très allégé.

    Delphin