Japon : personne ne sait que faire des montagnes de déchets de décontamination

Des municipalités Japonaises critiquent ouvertement le plan gouvernemental de gestion des déchets radioactifs

De nombreuses municipalités affectées par les retombées de la catastrophe nucléaire de Fukushima-Daiichi ont procédé à la décontamination sommaire de parcelles entières de sol contaminé : écoles, parcs publics, terrains de sport, hotspots divers et variés… Des millions de tonnes de sol et de déchets contaminés divers ont donc été récupérées et attendent, souvent simplement protégées par de simples bâches industrielles, qu’une autorité quelconque prenne enfin une décision à leur sujet.

Japon, septembre 2011 : M. Noda déclare « s’investir personnellement » dans le problème des déchets contaminés

Le premier ministre Japonais avait – de manière un peu présomptueuse – déclaré qu’il « mènerait la bataille de la décontamination » ; les municipalités concernées constatent, 10 mois plus tard, que ce discours était en fait bâti sur « des promesses vides de sens ».

Un problème qui s’étend largement au-delà de la région de Tohoku

Les municipalités affectées par le problème de la contamination due aux retombées de l’accident de Fukushima-Daiichi sont bien plus nombreuses qu’on peut le penser initialement et s’étendent bien au-delà de la région de Tohoku (Nord-Est du Japon). Certaines régions du Kanto sont également touchées, y compris des municipalités proches de la capitale Japonaise.

Carte de débit de doses Japon (Hayakawa v.5)

Les autorités municipales livrées à elle-mêmes

Livrés à eux-mêmes, sans aucune aide gouvernementale, les efforts locaux (1) ne progressent que très lentement aussi les élus des villes concernées estiment que le gouvernement central, loin de les aider comme il l’avait promis, ne fait que compliquer leur tâche en modifiant sans cesse les réglementations correspondantes.

Les autorités municipales se disent enfin dans l’incapacité de définir de nouvelles zones de stockage « provisoires » de ces déchets du fait de l’opposition radicale formée par les riverains concernés : comme l’on comprend l’inquiétude de ces populations !

Des montagnes de déchets moyennement radioactifs = des concentrations probablement très élevées

Simplement protégées des intempéries par quelques bâches en polyester, les autorités locales ont concentré, sous l’égide gouvernementale, des milliers de tonnes de sol contaminé, certains à hauteur de plusieurs millions de Becquerels par kilogramme.

Comme sur la photo ci-dessous, le tout est – parfois – protégé par une simple barrière, rien n’indiquant généralement un danger particulier malgré des niveaux d’irradiation probablement très élevés à proximité immédiate. A Fukushima comme ailleurs, le Japon continue à faire semblant de gérer le problème de la radioactivité.

Un tas de radio-cochonneries, placé sous abri s’il vous plait (Kyodo News)


(1) Rappelons qu’on ne se débarrasse pas de la radioactivité, on peut juste la déplacer, la concentrer ou au contraire la diluer, ou encore attendre que la décroissance naturelle fasse son œuvre… par exemple, quelques centaines d’années en ce qui concerne le Césium-137 !

Sources :

Kyodo News, 20 juillet, anglais

Lire également :

Le quartier d’Odaka à Minamisoma, récemment détaché de la zone d’exclusion, présente des « points chauds supérieurs » à 5 MBq/Kg ! (315)

Si vous avez repéré une erreur dans le billet ci-dessus, merci de la reporter en surlignant le passage concerné à la souris puis en appuyant sur Shift + E ou en cliquant sur Signaler une erreur pour nous informer.

  • Roland

    Les tentatives héroïques des municipalités sont vouées, les Japonais le savent, le mesurent chaque jour, à l’échec. Le deuxième volet du dossier déchets radioactifs nourrit notre opposition déterminée : nous combattons la dissémination des déchets, retenue par le ministre de l’environnement, qui a présenté, à plusieurs reprises, son choix, sans convaincre les magistrats municipaux, les habitants. Nous devons rappeler au Premier ministre, aux ministres de l’industrie, de l’environnement, que nous vivons l’an 2 de l’ère Fukushima, qu’il faut décider la sortie du nucléaire, préparer la nouvelle politique énergétique, sous la contrainte de la discordance des temps (temps écourté des géophysiciens / temps long, dont nous avons besoin pour maîtriser les suites de la catastrophe nucléaire, de la triple tragédie de Fukushima).

  • zolive

    Quelle horreur, juste quelle horreur.
    Des trucs indébarassable ! On peut rien en faire. Rien.
    Honte à ceux qui ont à voir de près ou de loin à l’industrie du nucléaire, civil comme militaire.

  • HP

    Il ne reste que la solution de mise en fût, parqués dans des bâtiments sous surveillance conçus sur mesure, avec capteurs et vidéo-surveillance, dans la zone la + contaminée de Fukushima, avec les autres déchets de démantèlement des centrales. Et puis attendre.

    Diluer la terre provoquerait des reconcentrations imprévisibles, et une partie partirait vers la mer, qui n’en a pas besoin. Les décharges normales ne sont pas conçues pour ce genre de produits, leur position est souvent oubliée un siècle ou deux après leur fermeture, tout concentrer sans surveillance serait un grand danger pour l’avenir, une bombe sanitaire a retardement, une attitude irresponsable.