La détection : pourquoi vouloir détecter soi-même la radioactivité ?
Principalement car certains individus doutent de plus en plus des chiffres de détection disponibles officiellement : parfois il s’agit de certaines cartes ou mesures de radioactivité publiées par les différents services de protection nationaux qui semblent étrangement différer des résultats individuels publiés sur Internet, parfois les résultats sont communiqués honnêtement mais le manque d’information ou de commentaires de suivi est si flagrant que quasiment personne n’est en mesure de comprendre ni d’interpréter les mesures affichées !
Sans aller jusqu’à évoquer ouvertement une conspiration visant à minimiser les mesures publiques de radioactivité, il n’est pas interdit de penser que les états visent à conserver une certaine marge de manœuvre en cas d’événement radioactifs graves ou prolongés, marge qui passe par une stratégie de communication et d’explications minimales.
En savoir plus :
Les ambiguïtés – volontaires – des relevés de radioactivité au fil des pays – partie 1/2
Les ambiguïtés – volontaires – des relevés de radioactivité au fil des pays – partie 2/2
Un aperçu de l’ancien système de visualisation des balises TELERAY de l’IRSN, « débranché » il y a quelques mois pour être remplacé par un système beaucoup moins intuitif (SWS)
Au niveau dudit particulier dubitatif, que cherche-t-on précisément à détecter ?
Très sommairement, il s’agira de vérifier si l’air, les aliments, les boissons, l’eau de pluie, certains lieux ciblés… ne contiennent pas une concentration anormale de radionucléides d’origine diverses : accidents électronucléaires bien sûr mais également éventuels résidus d’essais nucléaires, fuites à proximité d’installations nucléaires de base, anciennes mines d’extraction d’Uranium, sites de stockage…
La détection effectuée par des particuliers ne peut être aussi « savante » ni aussi avancée que celles effectuées par des professionnels de la radioprotection mais elle permettra de lever éventuellement un doute avec des moyens rudimentaires et à la portée de chacun.
Est-ce à la portée de tous ? Quelles sont les connaissances de base indispensables ?
Une détection rudimentaire est possible à tous les niveaux : surveiller une aiguille ou un afficheur n’est pas une opération très complexe ! Ne pas connaître sur le bout des doigts ce que nous appelons le décorum de la radioprotection comme apprécier ou comprendre les unités affichées par son appareil n’est pas très grave, il suffit juste de savoir l’utiliser, de connaître ses possibilités en la matière et pour ce faire, quelques rapides instructions d’emploi et trente minutes de présentation du phénomène de la radioactivité suffisent.
Quelles technologies de détection de dose sont disponibles ?
Grosso-Modo, trois types de technologie de détection de dose sont utilisables par le grand public : les détecteurs à gaz de type « ionisation » comme les tubes Geiger-Muller, peu sensibles, peu performants, peu rapides mais relativement bon marché et donc fréquemment utilisés en radiamètrie ; les détecteurs dits « d’excitation » comme ceux à base de cristal dopé et tube photomultiplicateur (appelés aussi « scintillateurs »), beaucoup plus performants mais également nettement plus onéreux et enfin la classe des détecteurs « solides » à semi-conducteur, que l’on retrouve fréquemment dans les dosimètres professionnels déclassés.
Dans les deux cas il s’agit de convertir une énergie non détectable par les sens en mesure quantifiables : signaux électriques, sonores, visuels au moyens de circuits de détection et d’amplification des rayonnements ionisants. puis de les comparer à une source connue grâce à l’étalonnage préalable de l’appareil utilisé.
Chaque famille de détecteurs possède ses avantages et ses inconvénients ; il vaut mieux utiliser correctement un appareil peu précis et peu fiable mais simplifié à l’extrême que de rester la bouche ouverte et les bras ballants devant un appareil aux nombreux boutons et cadrans que l’on ne sait pas utiliser.
Pour en savoir plus : « Les détecteurs de rayonnement », Devaux, IPMC, 2005
Peut-on « mesurer » les aliments, les boissons… ?
Oui… et non. Si une détection élémentaire comme celle effectuée à l’aide d’un tube Geiger-Muller de faibles dimensions peut détecter une activité anormale déposée sur de la nourriture ou contenue dans un verre d’eau par exemple, il faudra que les niveaux de dose soient conséquents et donc que la contamination de l’objet mesuré soit avérée. Il est futile d’espérer détecter une faible contamination – par exemple quelques Becquerels / kg de Césium-137 ou de Strontium-90 au contact de fruits ou de légumes – à l’aide d’appareils aussi rudimentaires, cela ne fonctionnera simplement pas !
Une base à retenir est que la sensibilité des appareils de détection de radioactivité grand public est – sauf exception, cf. ce billet – environ 100 à 500 fois moins importante que celle d’appareils de détection évolués (des scintillateurs de grand volume par exemple) ; le miracle de la calibration de l’appareil fait que le débit de dose affiché est plus ou moins correct… Dès que l’appareil visé sera en mesure de capter le « signal » radioactif ! (édité le 30/07/12)
L’analogie avec les ondes radio-électriques est ici salutaire : si votre matériel de réception (TV, radio mais aussi téléphone portable, GPS…) n’est pas sensible et que vous êtes un peu trop éloignés de l’émetteur (la source radioactive) ou que cette dernière n’est pas très puissante, le signal est trop faible pour être détecté et la ressource est inutilisable.

« L’assiette de Fukushima » de Nils Ferber, gadget utile ou œuvre d’art subtile ? (d.r. Nils Ferber / 20 minutes)
Combien faut-il investir ?
Un peu comme dans l’achat d’un véhicule, la dépense peut varier énormément selon votre budget, les performances que vous recherchez voire le design de l’appareil (un peu secondaire, ne trouvez-vous pas ?). Les premiers prix en occasion tournent aux environs de 50-100 Euros (matériel de surplus Russe ou Américain).
Un appareil de détection convenable – sans plus – vous coûtera environ 200 à 300 Euros mais il faudra investir de 500 à 1500 Euros, voire plus, pour espérer obtenir des lectures fiables ou des performances de détection élevées.
Si vous êtes prêts à franchir la marche…
Vous pouvez vous orienter sans crainte vers 3 appareils que nous recommandons mais que nous recommandons également d’acheter directement chez le fabricant pour des raisons d’économie, car même en ajoutant les frais d’expédition la commande directe est presque toujours préférable au circuits d’importations marchands, surtout pour des quantités de matériel très discrètes comme celles du matériel de détection de radioactivité.
Choix n°. 1 : Le radiamètre « Teko 32″ d’Atomic Dave
Vendu directement pas le fabricant qui les construit un par un à la main et avec amour, ce matériel utilise l’excellent tube G-M CI-8B de fabrication Russe, un bon compromis entre sensibilité (capteur de 2 pouces), étendue de détection (Alpha, Bêta, Gamma, X-Ray), lisibilité (afficheur digital en CPM + µSv/h), accessoires fournis (bille d’Uranium, filtres divers…), connectivité (prise USB pour interfaçage, jack 3.5 mm pour logiciel Geiger Bot)…
Le prix de vente est d’environ 280 Euros (US$ 340, port compris) + éventuels frais d’import si votre colis est ouvert par la douane Française. Atomic Dave possède par ailleurs une très bonne réputation sur eBay pour la qualité de ses fabrications et le suivi après-vente éventuel.
2ème choix : l’Inspector Alert de de Medcom int.
Utilisant la même classe de tube (G-M Pancake de 2 pouces), l’Inspector regroupe dans un boitier solide mais un peu encombrant (inutile d’espérer transporter l’appareil dans une poche !) un radiamètre à tout faire, sensible à tous les types de rayonnement ; il vous permettra également de faire des mesures de contamination surfacique sommaire grâce à ses mesures d’activité graduées en CPS / CPM (CPM/m2 par extension, connaissant la surface utile du capteur).
La connectique est nettement moins diversifiée que le Teko 32 ci-dessus, seule une sortie jack 3.5mm (signal binaire 0/3.3v) est disponible, permettant de raccorder éventuellement une source d’enregistrement ou de publication en ligne des données.
Proposé actuellement à US$ 617 port compris directement chez le fabricant (environ 510 Euros en juillet 2012) il représente peut-être le meilleur rapport qualité/prix pour un matériel semi-professionnel robuste et performant, le matériel est d’ailleurs assemblé aux USA.
Du fait qu’ils utilisent tous les deux le même type de tube, la sensibilité de ces deux premiers appareils sélectionnés est similaire : comptez environ 3500 CPM / mR/h de Césium-137, autrement dit une source de Cs-137 produisant un débit de dose de 1µSv/h au contact – donc placée directement sur le capteur de détection – engendrera une activité au niveau du tube de 330 CPM / 5.5 CPS ; le bruit de fond de 0.15 µSv générera 55 « clics » par minute, etc. (édité le 25/7/12)
3ème choix : le Gamma-Scout de Geiger Group
Décliné depuis peu en 4 versions différentes, le Gamma-Scout est également un appareil robuste mais cependant beaucoup moins sensible que les deux premiers engins car il utilise un tube de détection nettement plus petit. Le volet de discrimination Alpha / Béta+Gamma / Gamma est par contre très pratique pour tenter d’isoler les types de rayonnements rencontrés.
Le Gamma-Scout est également disponible directement chez le fabricant pour un prix démarrant à US$ 498 port inclus (410 Euros fin juillet 2012) pour le modèle « standard » (pas d’alarme, pas de batterie rechargeable, pas de connectique).
La sensibilité de l’appareil est environ 3 fois moins bonne que celle des deux premiers avec 1000 CPM/mR/h soit une activité dans le tube de 100 CPM / 1.6 CPS (édité le 30/7/12) au contact direct d’une source émettant un débit de dose de 1µSv/h.
Et enfin, si vous vous prenez au jeu de la détection…
Les possibilités sont innombrables et ne sont limitées que par le budget disponible : certains appareils professionnels se retrouvent déclassés après quelques années et se déportent ainsi fréquemment sur le marché de la seconde main. On peut citer – entre autres – les matériels diffusés sous les marques commerciales réputées : Eberline, Ludlum, Bicron, Fluke, Berthold, Canberra…
Ce que nous ne recommandons sous aucun prétexte :
Fuyez les matériels de surplus militaires : même proposés à des prix modiques, ils utilisent parfois des alimentations (piles) spécifiques, sont souvent déclassés (décalibrés), fonctionnent généralement de manière aléatoire et sont souvent très peu sensibles car dédiés à des conditions de détection « militaires » (1) qui n’ont souvent rien à voir avec les signaux généralement faibles que traquent les particuliers. La célèbre gamme « VICTOREEN » est un exemple de ce qu’il ne faut pas acheter à moins de désirer un appareil « militaria » pour bourrer une étagère par exemple. Si vous tenez absolument à ce type de design, choisissez uniquement le CDV-700 en état « opérationnel » et / ou « recalibré » : il est le seul détecteur de la gamme capable de détecter autre chose qu’une explosion nucléaire à 5 km de vous !
Les appareils de fabrication Russe, qu’ils soient anciens ou récents sont généralement très peu fiables et très peu performants. Ils utilisent souvent des tubes G/M de surplus comme la célèbre série SBM-20 dont les caractéristiques et les performances restent extrêmement « molles ».
Les Radex 1503, 1706 et l’ancien modèle Quartex (bleu à afficheur rouge) font partie de ces modèles que nous ne recommandons absolument pas sous peine de déceptions ultérieures (expérience vécue !). Les seuls véritables avantages de ces appareils résident dans leur taille très compacte, leur poids raisonnable et un prix de vente généralement attractif. Préférez le Radex 1008 qui utilise le même capteur pancake que nos appareils recommandés et utilisant un double affichage Gamma / Bêta très pratique mais faites toutefois très attention au prix demandé : un appareil RD-1008 en parfait état ne devrait pas vous coûter plus de 350-370 Euros ; compte tenu des caractéristiques et de la réputation de l’engin, cela ne vaut pas plus !
(1) Détecteur militaire : indestructibles, temporisés et très blindés, ils répondent généralement très rapidement mais à des niveaux de détection très élevés… (1238)
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