Partager la publication « Le désastre nucléaire de Fukushima-Daiichi, « créé par l’homme ? » »
Une dépêche AFP reprise ce jour dans une partie des Grands Médias Mondiaux titrait :
« Fukushima, un désastre créé par l’homme » (L’Express, Le Monde, TF1…)
« La catastrophe de Fukushima a été ‘créée par l’homme’ » (Le Figaro)
En parcourant l’un de ces médias, on les lit tous ; ils accablent globalement les mêmes boucs émissaires : l’ancien Premier Naoto Kan et son cabinet, l’opérateur du site de Fukushima Tepco et l’agence de contrôle nucléaire Japonaise NISA. Tous étaient coupables de collusion, d’aveuglement, d’un décrochement obstiné et continuel des véritables dangers représentés par toute installation nucléaire.
M. Kan est juste coupable d’avoir agi comme ses prédécesseurs
Évidemment, vous commencez à nous connaître, nous ne sommes absolument pas d’accord avec cette analyse sommaire qui tend à faire porter le chapeau d’une dangerosité intrinsèque sur un trop petit nombre de têtes. On a beau tenter de restreindre les responsabilités, dans cette malheureuse affaire – qui ne fait que commencer – l’écheveau des niveaux de responsabilité est impossible à démêler.
Il est par exemple impossible de dissocier un cabinet Japonais d’un autre, toutes familles politiques confondues. Savez-vous qu’avant M. Kan – lors de l’époque « nucléaire » du Japon – il y eut un autre cabinet de gauche (Hatoyama, 2009-2010) et environ une vingtaine de cabinets dirigés par le PLD, la droite Japonaise ?
Comment mettre en cause le dernier maillon de toute cette salade politico-nucléaire sans mettre également en cause l’intégralité des prédécesseurs de M. Kan ? Ils sont en fait tous aussi responsables de la survenue de la catastrophe et le fait qu’ils appartiennent au passé, à l’histoire, n’efface en rien leurs compromissions.
On peut certes accuser M. Kan, mais seulement du fait d’avoir accepté aveuglément la situation comme ses prédécesseurs l’ont fait avant lui et d’avoir eu la malchance de piloter le cabinet lors du déclenchement de la catastrophe. Et enfin, pour avoir osé tourner le dos au village nucléaire, M. Kan, très marqué par la catastrophe, est redevenu, sinon partiellement sympathique, du moins totalement humain. Quoi qu’il en soit, sa carrière politique est brisée à la suite du rapport de la commission d’enquête parlementaire Japonaise.
Personne ne remet en cause le choix initial de l’industrie électronucléaire par le Japon dès 1955
Le nœud du problème est pourtant là : Premièrement, est-il envisageable d’installer un réacteur nucléaire n’importe où, comme dans un pays très aride comme la Jordanie (1), un pays très instable comme l’Iran ou un pays très exposé aux risques naturels comme la Chine, l’Inde ou le Japon ? Pourquoi ne pas décider demain de construire des telles installations sous la mer, comme certains hurluberlus irresponsables l’ont proposé, au fond d’un puits de mine ou encore sur les flancs d’un volcan ?
Est-il vraiment raisonnable de considérer que l’énorme puissance délivrée par l’atome ne peut s’accompagner que d’une stricte limitation des pays et des sites susceptibles d’accueillir d’éventuelles installations de production électronucléaire ?
Pourquoi ne pas, à la lumière des accidents majeurs, (et l’on commence a être passablement « éclairés » par ces derniers) envisager une bonne fois pour toutes la création d’une nouvelle liste extrêmement limitative permettant ou non d’exploiter une installation nucléaire, qu’elle soit existante ou programmée ?
Deux freins : « lobby » et « souveraineté »
Premièrement, les colossales structures produisant et exploitant ces installations nucléaires, ordinairement très rentables, ne peuvent se permettre de perdre « des parts de marché » ; autrement dit s’ils ne construisent plus de nouvelles centrales leur croissance s’étiole et elles – quel que soit leur poids initial – disparaissent, tout simplement. Notre monde moderne le veut, l’économie le veut. Or lesdites structures, extrêmement puissantes et développées, n’ont certes pas envie de disparaître et elles utilisent tous les moyens en leur possession pour tenter de « renverser la vapeur ». Et quand nous disons « tous les moyens », ces derniers incluent évidemment l’exploitation manifeste de zones d’ombres institutionnelles, financières ou scientifiques.
Secondement, le problème de la souveraineté d’un pays : comment empêcher, sans l’établissement de règles aussi strictes qu’obligatoires, un pays n’entrant pas de le cadre desdites règles de lancer un programme électronucléaire ? Le problème s’est étendu comme le ferait un virus : à force de faire concession après concessions l’AIEA, qui ne vise en fait que la croissance de l’industrie nucléaire, s’est complétement décrédibilisée et ne peut agir aujourd’hui en Iran, pour n’avoir pas su agir hier au Japon ou en Inde.
L’industrie électronucléaire n’est pas l’industrie laitière
Nous touchons le cœur du problème. A force d’avoir banalisé l’industrie du nucléaire, à force d’avoir glorifié ses gigantesques possibilités tout en oubliant ses gigantesques contraintes, l’orgueil de l’homme l’a mené maintenant directement au pied du mur : impossible de revenir en arrière sans compromettre de puissants intérêts, sans se mettre à dos des capacités financières colossales, sans donner un coup de pied dans un nid grouillant de serpents venimeux passablement énervés.
Le nucléaire, simplement ingérable à l’échelle humaine ?
Et si l’homme n’était tout simplement pas assez malin et pas assez puissant pour domestiquer une telle énergie ? Sur le papier tout semble facile, la parole initiale des scientifiques hypnotise un instant l’assistance avant que les financiers ne reprennent ensuite le projet avec l’idée de profits faciles à la clef. Les politiques rajoutent une couche de nationalisme à l’affaire et voilà le monstre libéré…
Alors, on continue aujourd’hui l’hypocrisie du nucléaire en désignant quelques responsables là où l’ensemble du système a failli, en faisant tomber quelques têtes sans inquiéter les véritables coupables de la supercherie : les idoles de la science, les idoles financières et, plus sobrement, l’ensemble des peuples de la terre qui leurs délèguent aveuglément puissance, argent et esprit critique.
(1) Le refroidissement d’un réacteur nucléaire nécessite des quantités astronomiques d’eau courante : environ 5 millions de tonnes d’eau par jour et par unité de production (184)
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