Partager la publication « Pourquoi Tepco voulait récupérer rapidement quelques assemblages neufs de la piscine n°. 4″
Tant de choses urgentes restant à faire sur le site de Fukushima-Daiichi, pourquoi se focaliser sur une tâche qui peut sembler secondaire ?
Premièrement, la pression internationale, soulevée par quelques « agitateurs » (1) était devenue suffisamment importante pour provoquer une réaction des autorités Japonaises suffisamment embarrassées par la gestion de ce dossier au niveau national (2) pour subir un feu nourri prolongé sur la scène diplomatique internationale.
Deuxièmement, sur le plan technique, Tepco était prêt à prendre quelques risques (3) pour mener à bien rapidement cette opération : il lui fallait savoir rapidement si les quelques 200 assemblages de combustible neufs (car a priori pas ou très peu irradiés) présentaient une radioactivité importante ou normale, chiffre à partir duquel on pouvait déduire approximativement l’état de la SFP4 et notamment si la moindre criticité s’y était déroulée – de manière évidemment accidentelle.
L’indice d’une criticité involontaire de la piscine n°. 4 ?
D’après un des employés de l’opérateur connu sous le pseudo de « happy 11311« , le débit de dose mesuré au contact d’un assemblage de combustible neuf (non irradié) est en principe relativement faible, aux environs de 20 à 30 µSv/h (4).
Il s’avère que les deux assemblages extirpés – au forceps – des entrailles de la piscine n°.4 présentaient un débit de dose de 2 à 3mSv/h, soit environ 100 plus que leur radioactivité théorique.
Toujours d’après l’employé TEPCO, l’activité anormale pourrait provenir non pas de problèmes de criticité dans la piscine elle-même mais plutôt d’une contamination par des particules très radioactives suite à la découpe du shroud du réacteur n°. 4 (5).
Nous sommes assez dubitatifs sur cette dernière explication : lors d’opérations de maintenance « lourde », les éléments contaminés retirés du réacteur sont généralement placés dans la piscine d’équipement (DSP) et non dans la piscine de désactivation (SFP). Nous ne voyons pas comment la contamination dégagée lors de cette opération aurait pu parvenir dans la SFP sachant que les portes et le sas de transfert sont en principe verrouillés après le retrait du combustible et donc avant le début des travaux de maintenance à proprement parler et une éventuelle contamination du puits.
La totalité de l’intervention a été opacifiée mais néanmoins filmée
Sous le couvert d’une soi-disant confidentialité « légale », l’opérateur n’en a communiqué que fort tardivement les détails, ne seraient-ce que les date et heure de l’opération ; il s’agissait en réalité d’éviter que certains médias Japonais un peu trop curieux ne filment une scène qui aurait pu mal tourner – vous connaissez les journalistes, Kisha club (6) ou pas !
Donc évidemment, un hélico affrété par les médias Japonais a tourné aussi près de la scène que techniquement possible, à l’affût d’informations ou d’éventuelles images-choc. Raté : mis à part l’aspect incroyable de voir des travailleurs manipuler à la main des assemblages sortant d’une piscine, aidés en cela par une grue de chantier. C’est en vérité une scène hallucinante, digne d’un des plus mauvais films des Charlots !

L’opération filmée par un hélico rempli de journalistes
Des scènes de l’intervention « coupées au montage »
Certaines scènes de l’intervention ont été coupées au montage, notamment toute la phase de sortie de l’assemblage de combustible de la piscine ; la durée totale de l’intervention permet de penser que l’opération a du se révéler plus complexe que prévu et que certaines phases, comme – nous le répétons – la saisie à pleine mains d’un assemblage de combustible qui a ensuite été sorti un moment dans l’air ambiant a dû faire se hérisser les rares cheveux qui restent encore visibles sur les pontes du village nucléaire et démontrer une nouvelle fois la relativité de leurs beaux discours de sécurité et de précautions, finalement aussi relatifs que la neige en été.
(1) Notamment l’ancien ambassadeur du Japon en Suisse Mitsuhei Murata, le sénateur des USA Ron Wyden et le Général US. (ret.) Albert N. Stubblebine
(2) En supplément des manifestations populaires importantes, un tiers environ du parti Japonais au pouvoir se réclame du nouveau courant « anti-nucléaire » mené par l’ancien Premier Naoto Kan
(3) L’intervention des 18 et 19 juillet était, à notre connaissance, la première tentative de manipulation d’un assemblage de combustible en-dehors d’un milieu liquide ou d’un conteneur de transport adapté
(4) Cela peut sembler à priori très peu mais correspond approximativement à la radioactivité de l’Uranium « naturel » tels que relevés par exemple au niveau de roches uranifères
(5) L’opération de remplacement du bouclier / support de la cuve du réacteur n°. 4 avait été initiée à l’automne 2010
(6) Kisha club : les principaux médias Japonais doivent être accrédités par les autorités pour obtenir un minimum d’informations importantes ; les journalistes indépendants ont bien du mal à accomplir leur tâche
Sources :
Fukushima-diary, 19 juillet, anglais
Les photos de l’opération, TEPCO, 19 juillet
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