Nouveau scandale à Fukushima : une filiale de TEPCO aurait ordonné le blindage de dosimètres personnels

Le quotidien Asahi daily et l’agence Kyodo News rapportent ce jour que l’une des filiales de TEPCO mandatée par ce dernier pour intervenir sur le chantier de Fukushima-Daiichi aurait trafiqué les dosimètres de personnels employés sur les opérations en zone radioactive.

La société « Build-up » demandait à ses employés de trafiquer leurs dosimètres personnels (Asahi) (N.B. le cache est une reconstitution effectuée par l’Asahi sur la base des déclarations des employés de Build-Up)

BUILD-UP, filiale de TOKYO Energy Systems, filiale de TEPCO

La société BUILD-UP aurait ordonné le 1er décembre 2011 à une dizaine de ses employés d’installer un cache en plomb recouvrant intégralement leur dosimètre personnel (APD) durant plusieurs mois avant de les envoyer en intervention sur les calorifugeages des conduites qui supportaient mal les rudesses de l’hiver Japonais (Edité).

On ne peut réellement parler de sous-traitance dans ce cas précis car la société Build-Up s’avèrerait en fait être une filiale de la société ENERGY & SYSTEMS INC. qui serait elle-même, d’après l’enquête de l’Asahi, une filiale directe de TEPCO.

Quand bien même l’opérateur du site de Fukushima-Daiichi évoquerait une obscure relation de sous-traitance pour tenter d’exonérer sa responsabilité directe dans cette affaire, le donner d’ordres – en France tout au moins – conserverait tout ou partie de la responsabilité juridique de l’intervention et des éventuels problèmes en découlant.

Un fusible sautera et tout continuera probablement comme avant

Dans ce monde fait d’apparences et d’hypocrisie, le fusible est déjà désigné : le président de Build-Up (EDIT : Takashi Walda) qui, malgré des dénégations éhontées, s’est fait bêtement piéger par un enregistrement sur un banal téléphone portable. Malheureusement, malgré l’excellent travail d’investigation de l’Asahi (contrairement à celui de Kyodo, qui n’a rien fouillé à ce niveau), il est à craindre que le phénomène ne soit en fait bien plus étendu que ce que TEPCO voudra probablement en dire et que cette affaire apparue un moment dans le phare des médias Japonais n’en disparaisse aussi vite.

Le rare paradoxe des travailleurs du nucléaire : travailler plus pour travailler moins

Rappelons également que TEPCO est bien dépité par le manque de personnel qualifié pour effectuer les innombrables missions à accomplir sur le site dévasté au point de commencer à manquer de personnel, qui provient de régions de plus en plus éloignées de Fukushima et dont les dossiers médicaux s’allongent au fil des missions. Les travailleurs qualifiés commençant à manquer, TEPCO et les sociétés sous-traitantes qu’il mandate sont à la recherche de tous les moyens pour poursuivre coûte que coûte l’immense tâche de « remise en état » du site de Fukushima-Daiichi.


FOLLOW-UP (1840) L’affaire semble vouloir être traitée par les MSM non-Japonais :

Japan to probe Tepco radiation cover-up claim, BBC, 21 juillet, anglais

D’après une déclaration de Tepco faite à Reuters ce jour, l’opérateur prétend que les employés de Build-Up – contrairement à ce que prétendent ces derniers – n’auraient jamais porté les caches lors d’opérations en zone radioactive. D’après la BBC, le directeur de build-up a pourtant avoué avoir lui-même utilisé un tel dosimètre « étouffé » sur le site de Fukushima-Daiichi. L’affaire semble très mal engagée pour Tepco, qui se fera probablement réprimander pour le principe : il ne faut pas trop espérer d’amende ni de poursuites maintenant que Tepco est nationalisé…

Extrait de l’article de BBC news de ce soir (d.r. BBC/Reuters)


Sources :

Fuksuhima-Diary 21 juillet, anglais

Asahi daily, 21 juillet, Japonais

Kyodo News, 21 juillet, anglais

(EDIT 22/7) : l’enquête de l’Asahi en version anglaise

Pour en savoir plus :

Tepco et la NISA estiment qu’une zone de travail exposée à 0.7 µSv/h soit 2 mSv/an peut être « non contrôlée »

Yukitero Naka (Tohoku Ent.) : « Ce qui me fait très peur est que nous allons prochainement manquer de personnel qualifié sur le site » (633)

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15 thoughts on “Nouveau scandale à Fukushima : une filiale de TEPCO aurait ordonné le blindage de dosimètres personnels

  1. Une situation inacceptable ! Les responsables de ce nouveau crime contre l’humain doivent être poursuivis et sanctionnés. Un changement radical des pratiques doit intervenir, sans délai, sur le chantier de la centrale. L’opinion internationale et les animateurs de la révolution des hortensias doivent faire entendre leur indignation, leur colère, leur condamnation sans appel de ces pratiques indignes et inhumaines.

  2. Tous les faits s’additionnent pour justifier notre exigence d’une gestion internationale, par le secrétariat général de l’ONU, des suites de la catastrophe nucléaire de Fukushima. L’urgence c’est-à-dire le traitement du volet piscine 4 demeure.
    Dans l’immédiat, le cabinet Noda doit préparer ce passage de témoin, imposer à l’exploitant une autre approche, sanctionner les pratiques douteuses et inhumaines. J’espère qu’un tribunal international verra le jour, que le premier ministre sera invité à rendre des comptes de sa gestion du dossier Fukushima.

  3. A Roland,

    Votre demande de prise en charge de la catastrophe nucléaire de Fukushima par l’ONU n’aura jamais de suite, car :
    1- aucun pays nucléocrate ne sait gérer ce genre de catastrophe ;
    2- Aucune entreprise nucléaire ne s’y risquerait par peur de perdre sa crédibilité car les experts nucléocrates savent très bien que la situation est ingérable par définition ;
    3- L’AEIA, agence dépendant de l’ONU, ne se relèvera pas les manches pour participer activement à cette gestion ;

    Il existe déjà un tribunal qu’il nous appartient de soutenir : « le Tribunal Russel contre les crimes du nucléaire civil » ; je vous invite à vous reporter au site de Pierre Fété, sous ce lien http://fukushima.over-blog.fr/article-pour-un-tribunal-russell-contre-les-crimes-du-nucleaire-civil-94208686.html

    La raison ne viendra aux nucléocrates que si les peuples l’exigent

    • J’ai lu l’article proposé, dès sa mise en ligne. J’ai approuvé la création de ce nouveau tribunal Russel. Je souhaite que la Cour pénale internationale soit dotée d’une chambre spécialisée dans les crimes contre l’environnement, qui jugerait les exploitants, les gouvernants…J’espère que cette idée gagnera du terrain.
      Dans l’immédiat, j’appuie la démarche de Pierre pour la gestion internationale des suites. Chaque jour apporte l’illustration des « faiblesses » de l’exploitant et des « autorités », des gouvernants. Aussi, je ne me lasse pas de réclamer une approche différente, qui prenne en compte tous les enjeux de cette catastrophe nucléaire, plus importante que celle de Tchernobyl.
      Mes doléances rejoignent les aspirations de la révolution des hortensias. Je souhaite que la jeune génération soit sauvée.

  4. @ A Roland

    Merci pour ce lien dont j’ignorais jusqu’à l’existence …

    Une citation du même genre, qu’il faudrait mettre rapidement en pratique d’ailleurs, et j’y souscrit complètement, sauf que Sarko, Chirac, ceux de Tchernodébyl, vont nous rire aux nez, pour l’instant, pour l’instant, ou alors, cette Humanité est morte…

    Une petite réflexion, qui pourrait changer l’attitude des gens face au nucléaire, si les promoteurs en étaient jugés pour crime contre l’humanité !

    •— Celui qui s’occupent du nucléaire, n’a pas besoin de cerveau, une simple moelle épinière lui suffirait, et, ni l’un ni l’autre s’il se dit expert en la matière !
    Cela éviterait de prendre en otage la planète, l’avenir de nos enfants et l’Humanité !
    N’oublions pas qu’en matière de nucléaire, le risque zéro n’existe pas, et n’existera JAMAIS, de plus, il n’y a toujours aucune solution acceptable pour confiner les déchets sans danger sur des milliers d’années !

    Tous ceux qui font la promotion et instiguent, ou ont instigué le Nucléaire, doivent être considérés et jugés tel un assassin pour crime contre l’Humanité, aux même titre que les anciens Nazis, et ce ad vitam éternam…

    • C’est choquant, mais ne pas oublier qu’en france dans la splendeur de sa décadence, on a fait mieux, demander à Chirac, il a tout simplement dissous le SPRI (Service de Protection contre le Rayonnement Ionisant) qui archivait toutes les données des dosimètres de milliers de travailleurs, cette ordure se pavane encore librement dans les « marchés » de la Creuse pour serrer des mains !

  5. Selon les agences de presse, le ministère du travail japonais ouvre une enquête ! L’information, relayée par les médias internationaux, place les autorités au pied du mur. Le droit du travail et la protection de la santé des salariés progresseront si nous maintenons la pression sur l’exploitant, les autorités. Peut-être de nouveaux bouquets à ajouter à la révolution des hortensias.

  6. Quand on voit que le gouvernement Japonais demande aux médias de faire de la propagande comme quoi les légumes et fruits contaminés ne sont pas dangereux, on ne s’étonne plus de rien.

  7. @ Julien & Nel : les mères de Fukushima donnent l’exemple, se battent pour une alimentation saine. Nous devons dénoncer chaque erreur, chaque faux-pas, chaque acte détestable des autorités. Depuis le 11 mars, nous avons condamné la modification des normes applicables dans la préfecture (alignement de l’exposition des enfants sur la situation des salariés travaillant dans la filière), refusé les pratiques sur-contaminantes (dans la restauration scolaire, dans les écoles). Encourageons les médias à refuser ces campagnes, condamnées par les faits (voir le dossier du présentateur de la télévision, ayant consommé sur son plateau, des aliments contaminés, qui a informé l’opinion du cancer dont il est atteint). Ne négligeons pas l’exemple de la famille impériale, qui a sacrifié à la pneumonie spécifique.
    Invitons nos amis à refuser le déni, les mensonges, à préparer la transmission de la mémoire, au fil des générations, au cours d’une très longue lutte, qui dépasse le cap de nos modestes vies.

    • Merci Ubick le papier de CI est complet, il évoque même les liens directs repérés par l’Asahi entre Tepco et Tokyo Energy Systems. Il est clair que l’opérateur de Fukushima-Daiichi a essayé de multiplier les intermédiaires pour tenter d’embrouiller une éventuelle indiscrétion dans cette affaire. C’est raté, l’Asahi a fait du bon boulot sur ce coup-là ! Quant à la généralisation de cette pratique « exceptionnelle », elle est avouée à demi-mots par nombre de travailleurs du secteur. Le scandale éclatera bientôt, et l’industrie le paiera le prix fort.

      Cordialement,
      trifou

  8. Même si je n’approuve pas du tout ce principe d’écran sur un dosimètre, deux questions me taraudent:
    1- Connait-on l’épaisseur et le type de matériaux utilisé pour estimer le facteur d’attenuation et savoir quel est l’ordre de grandeur des doses perdues (non-comptabilisées).

    2- Les employés ne portent-ils pas un film dosimétrique (en plus du dosimètre électronique), comme cela se pratique partout dans le monde. Et si oui, celui-ci est-il aussi affublé d’écran ?

    • 1 – D’après l’Asahi, 2 à 3 mm de plomb, les employés auraient eux-même découpé la feuille de plomb pour façonner leur écran de protection de dosimètre, comme certains prisonniers creusaient leur propre tombe. Notons en passant que la réponse de construire un écran beaucoup plus grand pour masquer les corps des travailleurs n’a pas été proposée à ces derniers… Trop cher, le plomb, sans doute (ironie) ?

      2 – Aucune idée, secret industriel, d’état, militaire, planétaire, galactique…
      3 – Ibid