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Fukushima : vers la création d’un niveau 8 INES ?

août 13th, 2012 

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Une échelle INES inadaptée au contexte de Fukushima

Scott Portzline enquête de manière indépendante sur les accidents nucléaires ; il a débuté son travail de renseignement et de documentation à la suite de l’accident de TMI, en 1979. Scott maintient un site d’information sur les dangers du nucléaire et particulièrement sur le suivi de la catastrophe nucléaire américaine ; il s’intéresse ici à la réforme éventuelle de l’échelle INES à la lumière de la catastrophe de Fukushima-Daiichi

Un accident impliquant plusieurs réacteurs et plusieurs piscines

Fukushima : vers la création d'un niveau 8 INES ?

L’échelle INES actuelle indique dans son niveau maximum : « Rejet majeur dans l’environnement » or l’accident de Fukushima-Daiichi a impliqué plusieurs sources identifiées de rejets majeurs à des chronologies différentes ; il semblerait donc logique que l’accident multiple Japonais soit répertorié comme 3 accidents de niveau 7 (trois rejets majeurs) ou encore d’étendre la portée de l’échelle INES sur sa partie supérieure.

Une échelle actuelle inadaptée à la démultiplication des risques nucléaires

Étant donné le regroupement et la concentration – dangereuse – des unités sur les sites de production, il est de plus en plus probable que si un accident majeur se produit, il sera démultiplié de réacteur à réacteur si des conditions externes affectent simultanément les différentes unités ainsi regroupées.

L’exemple d’un événement naturel majeur comme un tsunami est maintenant parfaitement identifié ; on peut également évoquer des conditions météorologiques extrêmes comme la Loire qui a gelé en 1987 à Saint-Laurent des Eaux ou encore des crues importantes et prolongées comme lors de l’été 2011, quand 2 centrales nucléaires du centre des États-Unis sont restées en situation acrobatique durant plusieurs semaines, encerclées et parfois submergées par les eaux grondantes du fleuve Missouri.

Ce genre de situation ne peut – s’il débouche sur un accident majeur – (1) qu’induire des accidents multiples, les mêmes causes produisant les mêmes effets sur des réacteurs proches les uns des autres. C’est le danger latent du regroupement ou même de la simple multiplication des unités de production.

Une autre situation accidentelle pourrait se présenter en cas de montée importante et rapide du niveau des eaux maritimes suite à des phénomènes de réchauffement climatique – ultra-documentés à notre époque. La hausse des niveaux des océans est pour l’instant régulière mais rien ne dit que la pente du phénomène restera constante (2).

Le niveau 8 INES : termes-sources multiples et / ou assistance ou répercussions internationales

Même si les comparaisons entre les accidents de Fukushima et de Tchernobyl ne font que commencer, une barrière semble pouvoir être placée au niveau de la quantité de réacteurs affectés par l’accident, ne serait-ce que parce qu’il il est infiniment plus délicat d’intervenir sur un site multiple dont l’un au moins des réacteurs est sérieusement endommagé.

Si l’accident majeur implique plusieurs réacteurs, faire une simple moyenne arithmétique des termes -sources habituellement utilisés dans les situations accidentelles (3) ne suffit pas, il faudrait tenir compte de l’ensemble des inventaires y compris ceux des radioéléments dits peu radio-toxiques dont l’énorme quantité en inventaire compense largement la faible activité radiologique (4).

En ce qui concerne l’implication internationale, si d’autres pays sont directement menacés par les retombées de la catastrophe, ces derniers devraient pouvoir obtenir systématiquement un droit de regard et d’intervention, une procédure appliquée tardivement – contexte de fin de guerre froide oblige – en Ukraine après 1989 et complétement inexistante en ce qui concerne l’accident Japonais de 2011. Si la radioactivité dépasse les frontières – et c’est quasiment toujours le cas à des échelles diverses en cas d’accident majeur – alors le niveau 8 devrait imposer une véritable offre d’assistance et de contrôle internationale et non un ou deux autobus de yes-men du village nucléaire ayant effectué en 17 mois deux visites de quelques jours au Japon.

Pour éviter toute polémique, l’assistance et le contrôle de la situation post-accidentelle devrait être non seulement internationale mais également partiellement indépendante.


(1) Fort Calhoun a été classé au niveau 4 et Saint-Laurent au niveau 2 (?) malgré son enchainement accidentel dramatique (perte de source d’eau froide et de source électrique secondaire) et la récupération accidentelle plus qu’hasardeuse (l’armée ayant dû faire sauter la glace à coups d’explosifs !)

(2) Les deux sources d’inquiétude maritime sont : le phénomène de fonte accélérée des glaciers continentaux antarctiques qui pourrait déboucher sur un élèvement du niveau global des océans de plusieurs dizaines de mètres et la projection d’un corps terrestre ou extra-terrestre (météorite) dans les océans débouchant ainsi sur un tsunami lié ou non à la sismicité terrestre

(3) Généralement au nombre de 3 ou 4 : I-131, Cs-134 et 137 et parfois Sr-90

(4) cf. L’excellente analyse de l’AIPRI sur des gaz rares pas si inoffensifs que cela…


Sources :

Interview audio de Scott Portzline, Coast to Coast AM Radio, 11/8/12, anglais

Nuclear Incident Sclae & curious steel frame, Coast to Coast Radio images, 11/8/12 (260)

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1 Comment
Categories : Fukushima - Contamination, Fukushima - Technique, Les stratagèmes du village nucléaire mondial
  • écodouble

    Bonjour !
    Tout d’abord merci, et même mille fois merci, pour votre blog.
    Votre travail est admirable et à lui seul pallie le vide médiatique organisé par les « yes-men » du nucléaire et les journalistes qui sont à mille lieues d’être les no-men qu’ils devraient être, vendus qu’ils sont aux lobbies de tout poil. Gen4 est donc en lien permanent sur mon blog.

    Rien à dire au texte de votre article puisque je suis archi d’accord avec le fait que le niveau 8 est nécessaire dans le cas de Fukushima ; et j’ai pensé à la nécessité de ce niveau 8 dès la première semaine de la cata, tout simplement parce qu’il y avait déjà, à ce moment là, 3 réacteurs ouverts à tous les vents, les tripes radioactives à l’air libre.
    Rappelons qu’il s’est passé de très nombreuses semaines durant lesquelles la cata est restée au niveau 5, colossal mensonge, histoire de ne pas affoler les foules, histoire de dire : » On contrôle ».

    Dans la note (2) de votre article vous parlez de l’élévation du niveau de l’océan ; de plusieurs dizaines de mètres.
    En tant que géologue, je me dois de vous dire que certes de telles élévations seront atteintes mais pas dans l’intervalle de temps correspondant à la durée de vie d’un réacteur. Voici quelques chiffres que nous nous accordons à donner dans la profession :

    Pour la fin du siècle, niveau des mers attendu de +1m à + 4 m, par fonte de quelques glaces mais surtout par dilatation de l’eau des océans et des mers (L’Humanité sera là en grand péril).

    Si tout le Groenland fond, c’est +7m, à température constante (à ce niveau l’humanité sera réduite à peau de chagrin)

    Si tout l’Antarctique fond, en plus de la calotte Nord, c’est aux alentours de + 90m pour le total à température constante ; avec même un maxi vers +110m, voire +120m, parce que la dilatation ne manquera pas de se produire car la température moyenne du globe augmentera (les Lois de la Physique sont dures mais c’est les Lois de la Physique ; un tel scénario veut dire Zéro Humain).

    Pour que soient complets ces deux gros évènements de fonte, il se passera plusieurs milliers d’années, et peut-être même jusqu’à 20 000 ans.
    C’est donc plus que le temps de vie d’une centrale … mais c’est moins que le temps que devra durer les travaux de surveillance, d’entretien et de démantèlement d’une centrale arrivée en fin de vie.

    C’est pour cela que je verrais bien aussi un niveau 9 dans l’échelle des accidents. Il serait appliqué systématiquement pour un accident de niveau 7 ou 8 survenant sur une centrale en bord de mer.
    En effet, les accidents nucléaires de ces niveaux nécessiteront des travaux, des surveillances et des entretiens, sur des périodes de plusieurs dizaines de milliers d’années, pour « garantir » aux générations futures qu’un maximum de la pollution radiologique reste fixée sur le site ; en fait pour éviter la dispersion totale (si tant est que cela soit possible).
    L’élévation du niveau des eaux étant bien parti, sur un site nucléaire accidenté au bord de la mer, forcement nos descendants verront le site érodé et submergé car on ne peut lutter conte la mer qui monte … et tout se dispersera.
    D’ailleurs, même si on était sûr et certain, à 100 virgule 0000% qu’une centrale ne subira pas d’accident, comme on ne sait pas combien de temps exactement prendra le démantèlement d’une centrale, on ne devrait pas construire de centrales en bord de mer ! car on sait quand même que les démantèlements de centrales non accidentées dureront des siècles, voire des milliers d’années, temps suffisant pour que les océans montent assez pour tout disperser de la centrale littorale en cours de démantèlement, par érosion et submersion.
    D’ailleurs, on ne devrait pas en construire du tout, nulle part, car nos descendant devront travailler des milliers d’années à nettoyer nos folies qui auront durées moins d’un siècle (plus de pétrole = plus de nucléaire).
    D’ailleurs, tout cela ne voudra plus rien dire ! Pour les Humains du moins qui ne seront peut-être déjà plus alors, à cause du réchauffement et de la hausse du niveau des mers.

    C’est incroyable comme le nucléaire ne résiste à aucun raisonnement de bon sens ; comme tous les raisonnements réalistes sur le sujet n’arrivent qu’à des non-sens ou à des impasses ; comme une réelle analyse amène toujours à des conclusions effrayantes, terrifiantes, dantesques, inimaginables, en dehors du temps de l’Humanité.

    Ah ! j’oubliais.
    Dans le temps de fonctionnement d’une centrale, il peut quand même y avoir submersion.
    Une étude très récente du BRGM montre que plus de 60 vagues exceptionnelles ont laissé des traces sédimentaires et/ou écrites dans les 2 derniers siècles sur les cotes ouest et nord de la France.
    Il peut s’agir de vagues scélérates ou de petits tsunamis (effondrements de falaises sous-marines en limite du plateau continental ; séismes ; météorite dans l’océan ?).
    Quid pour Blayais, Flammanville, Paluel et Gravelines, qui sont en position pour prendre une telle vague en pleine face ?
    Et je ne parlerai même pas des méduses, de plus en plus nombreuses à cause du réchauffement de l’eau, qui avaient failli causer un arrêt réacteur à Gravelines en 2006. Juste une petite vague de méduses ! Un truc à mourir de rir… pardon ! d’irradiation.

    En fait, une centrale, ça vaut un niveau 9 d’entrée de jeu !

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