Katie, la chèvre radioactive américaine, est finalement morte d’un cancer

La chèvre Katie servait de détecteur de contamination à l’opérateur électronucléaire américain DOMINION

Avec ses 4 estomacs associés à un système digestif extrêmement spécifique concentrant fortement la radioactivité, la chèvre Katie avait été préférée par l’opérateur de la centrale nucléaire proche aux habituels détecteurs à échantillonnage évaluant le niveau de particules radioactives disséminées dans l’atmosphère par ses installations électronucléaires.

Katie, la chèvre radioactive américaine, est finalement décédée d'un cancerDOMINION est l’exploitant de la centrale nucléaire de Millstone dans l’Etat du Connecticut, à l’extrême Nord-Est des États-Unis. Nous avions récemment évoqué ce site car il avait été placé en arrêt à froid suite à l’élévation anormale de la température de l’eau du bras de mer qui le refroidit normalement.

En 2000, l’opérateur avait donc délaissé ses méthodes traditionnelles de contrôle des radionucléides Sr-89, Sr-90 et Cs-137 pour s’orienter vers une analyse régulière du lait fourni par Katie qui avait alors environ 3 ans.

Dominion indiquait d’ailleurs en 2000 : « Les termes-sources (1) de Sr-89 ont souvent été mesurés au niveau de ceux du Sr-90 » (2)… « L’indicateur le plus sensible de la présence de produits de fission dans l’environnement terrestre est généralement fourni par des échantillons de lait et le lait de chèvre semble être un témoin plus sensible de cette présence éventuelle que le lait de vache. »

Des taux de radionucléides significatifs dans le lait de Katie depuis 2001

La concentration de radioéléments provenant de la centrale nucléaire de Millstone située à 8 km de la ferme abritant notre chèvre révélait des activités caractéristiques depuis l’année 2001 :

- Sr-90 : 55 pCi / l (2 Bq/l) prélèvement du 19/9/2001

- Sr-89 : 9 pCi/l (0.33 Bq/l) prélèvement du 19/6/2002

la centrale de Millstone recrachait ainsi plus de deux fois la quantité de Strontium disséminée par les essais nucléaires des années 1960 sur le sol américain. (Chiffre cité dans le Rapport Dominion 2001). La concentration moyenne de Sr-90 par litre de lait était habituellement d’environ 10 pCi/l dans les années 1960, au plus fort des essais atomiques. (source CEA, 1965 p.18). Il est utile de rappeler que les niveaux de Strontium dans la biosphère ont régulièrement décru depuis l’arrêt des essais nucléaires atmosphériques, vers 1963 (3), jusqu’à l’accident majeur de Tchernobyl en 1986 (4).

Les autorités : nous ignorons d’où provient ce Strontium que Dominion ne saurait relâcher

L’affaire ayant fait grand bruit suite à l’activité de Nancy Burton, sa « gardienne », l’opérateur du site de Millstone s’est finalement fendu d’un communiqué laconique dans lequel il spécifiait « no comment » alors que l’agence de protection environnementale de l’État du Connecticut affirmait que Dominion était « totalement étranger à cette contamination ».

L’exposition à une contamination prolongée démultiplie les risques pathologiques

Être exposé à une contamination (ou a une irradiation) unique est une chose, se voir exposé à une contamination (ou à une irradiation) prolongée voire permanente en est une autre : les radionucléides pénétrant toujours beaucoup plus facilement dans le corps qu’il n’en ressortent, la courbe de la dose absorbée finit généralement par adopter une progression géométrique caractéristique, quelque soit le niveau de dose soit dit en passant.

Petite bête et sa gardienne au grands cœurs

Vous sourirez peut-être à la lecture de ce billet ou vous vous amuserez de la situation, de l’apparente – et apparente seulement – modestie des chiffres de contamination évoqués ou encore du manque de gravité potentielle de la situation exposée.

A ceux-là, je répondrais d’avance : Messieurs, vous avez une calculatrice et un dosimètre (plombé) à la place du cœur, le message retransmis dans ce billet m’est dix fois plus important que vos sarcasmes. L’aventure de cette petite bestiole respire l’amour et l’affection des personnes qui lui étaient proches et qui ont souffert de la voir touchée par un mal qui était très probablement aggravé sinon directement induit par le bain radioactif continuel dans lequel notre amie Katie évoluait continuellement.

Manger, c’est un peu mourir. RIP Katie !


(1) Radioéléments relâchés dans la biosphère par les sites nucléaires que ce soit en situation accidentelle ou non, chaque installation nucléaire disposant d’un « crédit » de radioactivité

(2) L’isotope 89 du Strontium affiche une demi-vie courte (51 jours) et présente de ce fait une radiotoxicité nettement plus élevée (1*10^15 Bq/g) que celle de son cousin le Sr-90 (28 ans, 5*10^12 Bq/g) ; comme les isotopes 89 et 90 sont fabriqués artificiellement et à des niveaux relativement similaires par le processus de fission, le rapport 89/90 permet de dater la « fraicheur » des retombées avec plus de précision que le couple Cs-137/Cs-134

(3) A l’exception de la campagne d’essais atmosphériques Chinois qui s’est poursuivie jusqu’en 1980

(4) Nous recherchons toujours des données précises sur ce paramètre ultra-peu documenté (confidentiel ?)


Sources :

Katie the goat, dedicated website, anglais

Obit for an anti-nuke goat, denverpost, 14/8/12

« Katie, chèvre radioactive, repose en paix », optimal prediction, 21/8/12

Fiche du Strontium 90Sr38, IRSN, 2005 (275)

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5 thoughts on “Katie, la chèvre radioactive américaine, est finalement morte d’un cancer

  1. En même temps la chèvre avait donc 15 ans ce qui fait un très bel âge pour une chèvre laitière, ça n’empêche que je n’aurai pas trop bu son lait…

    • Exact, ceci dit il faudra surveiller l’état de santé de ses rejetons…

  2. La contamination chronique à faibles doses a probablement pour conséquence de finir par porter atteinte aux mécanismes de réparation eux-mêmes.

    Il ne faut jamais oublier également que nous sommes très inégaux quant aux effets éventuellement délétères de la contamination radioactive à faibles doses chroniques (enfants/adultes, mais aussi à l’intérieur d’une même classe d’âge). Le professeur Abraham Behar ( président de l’Association des Médecins Français pour la Prévention de la Guerre Nucléaire) expliquait que ce qui n’avait aucun effet sur certains pouvait se révéler nocif sur d’autres.

    La radioprotection devrait, normalement, être conçue pour prendre en compte les plus fragiles et non une moyenne.

    Delphin

  3. La durée de vie d’une chèvre etant de 10 à 15 ans , Il aurait été intéressant de mener cette étude en Corse avec Tchernobyl …

  4. Dr. S. Aymé: « Je suis généticienne et je travaille sur l’épidémiologie des malformations congénitales »
    [...]
    . Quand on regarde au microscope les chomosomes de gens qui ont été irradiés, on peut apprécier l’effet du rayonnement.

    Personnellement, nous le faisons systématiquement pour les manipulatrices des appareils de radiologie de l’hôpital qui sont, paraît-il, bien protégées par des tabliers de plomb. Quand on observe leurs chromosomes après un an de travail, on commence à voir environ 5% de cassures chromosomiques dans les cellules, au bout de 4 ans, il y en a 10%. Au bout de 15 ans de travail, c’est de la purée de chromosomes qu’on observe. Cet examen est une façon très
    simple de connaître le comportement des cellules vis-à-vis du rayonnement.
    Quelles sont les conséquences de ces cassures chromosomiques pour les individus? Les gens vous diront qu’on n’en sait rien. En toute rigueur, cela est vrai, mais il faut quand même être un peu réaliste. Il est sûr que cela ne doit pas être excellent et, en particulier, ce doit être un des mécanismes de cancérisation, car dans la plupart des cancers, quand on cultive les cellules, on voit que les noyaux des cellules tumorales sont modifiés, on y trouve des chromosomes en plus, des chomosomes remaniés, etc. De plus, c’est comme cela que les anomalies chromosomiques se produisent et peuvent être transmises aux enfants.

    Extrait de La Gazette Nucléaire n° 30, octobre 1979. Quand l’impéritie du monde du nucléaire était telle qu’il n’était pas jugé utile de protéger outre mesure les manipulateurs de radiologie, puisque les faibles doses étaient sans effet.

    Delphin