Partager la publication « « l’hiver nucléaire » est amorcé : le DG de General Electric manque d’arguments pour défendre le nucléaire »
Aurions-nous franchi le pas de « l’hiver nucléaire » sans le savoir ?
C’est un papier incroyable qui est proposé par le Financial Times de ce jour : joliment titrée « l’hiver nucléaire », une interview de Jeff Immelt – Directeur Général de GE – pourrait asséner le coup de grâce à une industrie électronucléaire éreintée par les conséquences de la catastrophe de Fukushima-Daiichi ainsi que par un retournement brutal de la tendance énergétique aux États-Unis.
Comment donc, GE ne croit plus au nucléaire ? C’est une blague ?
Imaginez donc cette déclaration explosive dans la bouche du patron de la plus ancienne société de fabrication d’équipement électronucléaire du monde (1) :
« L’énergie électronucléaire est devenue si chère comparée aux autres sources énergétiques qu’il est devenu ‘extrêmement délicat’ de la justifier. »
Les coûts indirects (démantèlement, accidents, sécurité accrue) de l’électronucléaire rendent apparemment moins compétitive cette forme d’énergie par rapport à d’autres sources comme le gaz ou certaines énergies renouvelables, dont le coût diminue, d’après M. Immelt.
Les États-Unis, prospecteurs enragés de pétrole et de gaz, voient la menace du peak oil (2) s’éloigner et, de fait, la compétitivité du nucléaire dégringoler
Il faut expliquer que la situation énergétique aux USA est légèrement différente de celle de l’Europe de l’Ouest : les États-Unis produisent de plus en plus de pétrole léger et de gaz (3) et pourraient devenir prochainement leader des pays producteurs d’hydrocarbures.
Dans le cadre de cette nouvelle donne énergétique, la finance internationale ne fait pas de cadeaux, même au puissant lobby électronucléaire : les coûts restent les coûts et le profit and loss (4) fait la pluie et le beau temps dans l’industrie électronucléaire exactement comme dans d’autres industries de matières premières.
Le prix du gaz naturel touche un plus bas de dix années aux USA et le prix des « panneaux solaires » se réduit mois après mois
Le prix de fabrication des cellules photovoltaïques a été divisé par 4 au cours des trois dernières années alors que le prix du gaz naturel n’a jamais été aussi bas aux États-Unis depuis 10 ans. Dans le même temps, le matériel éolien a également vu sa gamme de prix bénéficier de réductions continues. Dans ce contexte, on comprend plus facilement pourquoi la compagnie qui a fait la pluie et le beau temps dans le secteur électronucléaire durant une cinquantaine d’années cherche à se mettre « au sec ».
GE, toujours associé à Hitachi, ne dépendrait plus du nucléaire que pour une fraction infime de son chiffre d’affaires
Un autre chiffre fait comprendre la position de M. Immelt : General Electric s’est fortement diversifié dans de nombreuses formes d’énergie (5) et ne dépendrait plus – au sein de sa joint-venture avec Hitachi – du nucléaire qu’à hauteur d’environ 1% de son chiffre d’affaires consolidé.
Décidément, les effets de l’hiver nucléaire (6) commencent à se faire sentir…
(1) General Electric a développé sa branche électronucléaire dans les années 1950
(2) Peak oil : déclin de la production d’hydrocarbures par épuisement des réserves naturelles et hausse sensible des coûts d’exploitation
(3) Principalement grâce à « l’explosion » des « forages non conventionnels » : gaz de schiste et sables bitumineux, autre débat écologique en souffrance aux USA…
(4) Résultat d’une entreprise et, par extension, montant des dividendes partagés entre les actionnaires
(5) Turbines gaz, alternateurs éoliens, matériel de prospection et de forage d’hydrocarbures, accessoires de véhicules électriques…
(6) Pendant la guerre froide, « l’hiver nucléaire » était une théorie qui prédisait l’extinction de la race humaine suite à la formation d’un nuage atomique radioactif recouvrant toute la terre et masquant l’indispensable lumière naturelle nécessaire à la vie sur notre planète
Sources :
Nuclear Winter, Financial Times, 3/8/12
Nuclear ‘hard to justify’, said GE chief, FT, 30/7/12 (490)
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