Fuskushima : corium ou poudre noire, choisissez votre poison !

Yastel Yamada, co-fondateur et directeur de Skilled Veterans for Fukushima craint la dispersion sous forme de poudre d’une partie du combustible

Peut-être n’en avons-nous pas assez parlé : une association de vétérans du nucléaire souhaite travailler depuis 14 mois sur l’immense chantier de Fukushima-Daiichi. M. Yamada a en effet sollicité dès le mois d’août 2011 auprès de l’opérateur Tepco l’autorisation d’intervenir avec ses collègues retraités de l’industrie électronucléaire ; cette demande visait principalement à ménager l’exposition des travailleurs plus jeunes, forcément plus sensibles aux dégâts créés par les irradiations répétées (1). L’ensemble des interventions se déroulent en effet à Fukushima au niveau d’un chantier qui n’est somme toute qu’une immense source radioactive qui rayonnera pour une très, très longue durée.

Tepco refuse fermement l’assistance de ces vétérans du nucléaire

Les 700 volontaires de SVF sont pour la plupart d’anciens travailleurs du nucléaire, certains ont même passé une partie de leur carrière dans la centrale même de Fukushima-Daiichi ; et pourtant l’opérateur refuse depuis plus d’un an de leur accorder le « droit » de remplacer ou même d’assister les travailleurs employés actuellement sur l’immense chantier de décontamination qui se prolongera probablement sur des décennies.

M. Yamada estime qu’une partie du combustible aurait pu se disperser largement sous forme de poudre, ce qui serait une catastrophe dans la catastrophe

C’est un fait peu connu : l’accident de Three Mile Island a vu environ la moitié du combustible endommagé dont une partie (environ 35%) a été retrouvée sous une forme poudreuse qui s’est incorporée dans l’eau du circuit primaire du réacteur (2) tandis qu’environ 20% l’était sous forme semi-liquide (le corium) qui s’est déposée dans le fond de la cuve sans la percer (3).

Fukushima : poudre noire ou corium, choisissez votre poison !

Du fait que les confinements des unités sont très probablement endommagés à Fukushima-Daiichi, et à condition qu’une partie du combustible se soit retrouvé sous forme poudreuse comme à Three Mile Island, M. Yamada estime que, fort logiquement, une partie de cette poudre pourrait avoir été dispersée dans l’atmosphère sous forme de particules fines et / ou entrainé dans l’environnement aquatique par l’intermédiaire des nombreuses fuites recensées depuis le début de la catastrophe.

Un travail rendu impossible et un avenir incertain

Si cette hypothèse s’avérait exacte, M. Yamada affirme que le travail de décontamination sur le site s’avérerait alors « impossible » et que l’avenir du chantier de décontamination serait plus qu’incertain.

A Three Mile Island, le combustible endommagé a pu être récupéré 6 années après l’accident car il était contenu d’une part dans le circuit primaire et d’autre part dans le fond de la cuve sous la forme du corium solidifié, deux enceintes qui sont restées relativement étanches donc aux dimensions définies.

Interaction corium-béton dans le confinement de Fukushima-Daiichi (Tepco)

A Fukushima-Daiichi, si cette poudre fine s’est dispersée, il s’avérera pratiquement impossible de la récupérer ; la dispersion sous forme particulaire du carburant endommagé serait véritablement une catastrophe dans la catastrophe car cette poudre pourrait non seulement se disperser bien plus loin que ce qui était estimé avant cet accident mais également distribuer très largement des émetteurs Alpha sous une forme assimilable, ces radioéléments étant les plus radio-toxiques de tous (4) une fois qu’ils se retrouvent incorporés dans le corps humain.

La poudre noire retrouvée un peu partout au Japon serait-elle celle tant redoutée par M. Yamada ?

Nous avons parlé depuis longtemps de cette curieuse poudre noire émettant de la radioactivité Alpha et qui a été retrouvée éparpillée un peu partout autour du site accidenté et même parfois bien plus loin. Pourrait-il y avoir un rapprochement à faire entre les craintes de M. Yamada et les constatations (non-officielles pour la plupart) faites par des équipes privées sur le terrain ?

Si c’est bien le cas, les conclusions évoquées par M. Yamada au niveau de l’impossibilité éventuelle de la décontamination du site de Fukushima-Daiichi et de son avenir plus qu’incertain pourraient se retrouvées transposées à une échelle bien plus large…


(1) Les dégâts d’une exposition à une source radioactive modérée à moyenne ne sont pas immédiats mais tendent à se développer plusieurs années voire plusieurs décennies après l’irradiation ; les personnes jeunes sont donc mathématiquement et statistiquement plus exposées à une morbidité radio-induite car il leur reste proportionnellement plus d’années à vivre et leurs cellules beaucoup plus de divisions à accomplir (et donc d’opportunités de carcinogenèse dans le cas des morbidités cancéreuses)

(2) cf. Shipping fuel from TMI, GAO, p.14

(3) A TMI, l’unique cuve réacteur du REP de 900 MWe a conservé – miraculeusement et contrairement aux unités 1 à 3 de Fukushima-Daiichi – son intégrité, ce qui a permis de contenir le corium dans le confinement

(4) Les Actinides sont majoritairement émetteurs Alpha, les produits de fission (Césiums) majoritairement Bêta et les éléments radioactifs recherchés par les autorités Japonaises majoritairement… Gamma !


Sources :

Interview with M. Yastel Yamada, youtube, 27/9 (anglais)

Yastel Yamada & Skilled Veterans for Fukushima part I / part II (audio, 20min + 30 min, anglais)

Lire également :

Le dossier de l’IRSN sur l’accident de TMI (1979)

Le rapport Rasmussen (WASH-1400), dissident-media

(1320)

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  • Delphin

    Il me semble que cette hypothèse est malheureusement crédible. Après tout, les réacteurs sont de caractéristiques proches, comme les origines d’accident (fusion). Il n’y a donc – à priori – pas de raison que le devenir du « combustible » fondu ne soit pas du même ordre, dispersion probable en plus.

    Delphin

  • Roland

    La dispersion paraît probable. Une mauvaise nouvelle qui s’ajoute au souci du jour : le typhon Jelawat doit atteindre Tokyo, passer ensuite sur la centrale de Fukushima. Quelles seront les conséquences de sa « visite » sur les restes des unités, des piscines ?

  • geologue

    (4) Les Actinides sont majoritairement émetteurs Alpha, les produits de
    fission (Césiums) majoritairement Bêta et les éléments radioactifs
    recherchés par les autorités Japonaises majoritairement… Gamma !

    Faut-il le redire, les alpha sont difficilement détectables lorsqu’ils sont englobé dans un matériau (moins d’un mm d’épaisseur suffit). c’est un peu mieux pour les béta, alors que c’est beaucoup plus simple pour les gamma. D’ailleurs, il y a peu de détecteurs alpha en circulation (fragilité de la face avant du capteur devant le tube photomultiplicateur, consommation plus importante, appareil plus gros et plus cher).
    c’est pour cela qu’ion mesure les gamma, et ça suffit pour remonter au père, quand il a eu un fils, c’est vrai).

    • trifouillax

      Ah, un bon vieux contentieux qui remonte, ça prouve au moins que les commentaires fonctionnent ;)

      Il existe au moins 2 ou 3 bonnes sondes de scinti chez Eberline / Ludlum adaptées à l’Alpha ; le boitier de base reste le même. Le seul écueil que je vois à cette campagne « Alpha » c’est qu’elle prend beaucoup plus de temps car il faut passer le terrain au « peigne fin » ; c’est pour cela que, très bizarrement, certaines ONG sont les seules à s’en préoccuper, l’État Japonais avec ses gros moyens affectés à « l’autodéfense » n’a pas le temps…

      En fait, pour arriver à faire « bouger » les autorités Japonaises sur le terrain avec du matériel à main, il faut déjà faire un sacré boucan : il y a des freins évidents au niveau des autorités alors que ce problème devrait être suivi de près. Ce n’est pas un problème technique, c’est un problème tactique ou stratégique qui prolonge le déni initial et la faillite électronucléaire Japonaise et mondiale.

      Cordialement,
      Trifou