Japon : fuite de Tritium sur un ancien réacteur de recherche « arrêté »

La JAEA confirme une fuite de tritium sur le circuit primaire d’un réacteur expérimental

Le 25 octobre, l’Agence Japonaise de l’Énergie Atomique a indiqué que l’une des canalisations du réacteur expérimental JMTR situé sur le site d’Oarai présentait une fuite limitée de tritium radioactif. Le site de recherche nucléaires d’Oarai est situé à proximité du site abritant le centre de recherche de Tokai-Mura, dans la préfecture d’Ibaraki, à environ 100 km au Nord-Est de la capitale Japonaise.

JMTR, l’un des premiers réacteur-piscine expérimentaux Japonais

Parmi les 13 réacteurs d’essai Japonais, le site d’Oarai abrite 2 réacteurs expérimentaux dont l’un des tout premiers réacteurs à eau légère Japonais baptisé JMTR (1) qui a divergé pour la première fois en mars 1968 (!). Cette unité expérimentale de 50 MWe est très singulière car sa conception éminemment « neutrophile » visait d’une part à tester la résistance des matériaux exposés au processus de fission nucléaire ; l’opérateur présentait d’ailleurs lui-même cette installation comme « la plus importante source de neutrons au monde ! ».

Ce réacteur était également utilisé d’autre part comme source radioisotopique de Tc-99m utilisé en médecine nucléaire et peut-être à d’autres fins moins glorieuses comme la fabrication de Plutonium de qualité militaire : fort coefficient d’irradiation et chargements / déchargements aisés du combustible grâce à la large piscine sont deux caractéristiques qui peuvent laisser imaginer d’autres usages, nettement moins pacifiques et nettement moins documentés.

Japon : fuite de Tritium sur un réacteur de recherche "arrêté"

Le réacteur de recherche JMTR à Oarai (JAEA)

La longue histoire du JMTR : un pas en arrière, deux pas en avant

Le réacteur JMTR a été provisoirement « arrêté » en 2006 et devait initialement être démantelé ; la décision de moderniser l’équipement a finalement été rendue publique en 2007, officiellement à la suite d’une forte demande sur ce type d’équipement d’essai mais l’on peut supposer que le coût et la complexité d’une telle opération ont également pu faire reculer l’agence nucléaire Japonaise.

Les principaux éléments jugés « en bon état »

La JAEA avait débuté en 2007 les études de rénovation de l’unité, précisant à l’époque que la plupart des équipements était « en bon état » (après 44 ans de service ?) et que seuls le système de refroidissement du circuit primaire, le mécanisme de contrôle des barres de commande et une partie du système de contrôle-commande devaient être remplacés.

Les circuit jugés « en bon état » par la JAEA, notez que, fort heureusement, la cuve et le bâtiment-réacteur ne doivent pas être remplacés… car c’est à ce jour impossible !

Les canalisations du circuit primaire n’ont en conséquence pas été échangées ; le seul élément remplacé  à ce niveau a été la pompe principale. Problème : il semble que la fuite annoncée par la JAEA soit située justement au niveau de ces canalisations de circuit primaire…

Un fonctionnement prolongé jusqu’en… 2030 !

A la suite de ces travaux, la JAEA a estimé que le réacteur JMTR serait capable de poursuivre sa carrière jusqu’en 2030, soit plus de 60 années de service pour la cuve et le confinement initiaux ! Il s’agit grosso modo de la période qu’envisageraient également les américains de General Electric et l’opérateur Français EDF pour amortir au mieux les équipements de production électronucléaires, même s’ils n’étaient prévus à l’origine que pour résister environ 30 années aux agressions neutroniques (2).

Un équipement partiellement endommagé par les séisme et tsunami de mars 2011

Les travaux de remise en état étaient terminés et le réacteur était en attente de redémarrage quand les événements de mars 2011 se sont produits. Même si des dégâts ont été constatés sur des bâtiments annexes, la JAEA annonçait peu après que les équipements principaux n’avaient pas été endommagés. Il semble que l’annonce de la fuite radioactive ne vienne contrecarrer ce bel optimisme.

L’unité a-t-elle souffert, comme c’est très probable en observant le document ci-dessus, du tremblement de terre (3) ou s’agissait-il encore d’un défaut de vieillissement non remarqué par l’opérateur du site lors de la vérification du circuit primaire ? Nous sommes en fait très perplexes en lisant les termes « tube rouillé » dans la dépêche Japonaise…

Fuite de Tritium = fuite sur le circuit primaire ?

D’après la brève de jijpress, les ingénieurs Japonais du JAEA auraient en effet constaté une brèche d’environ 1 à 2 cm sur une tuyauterie au niveau de laquelle une activité résiduelle (?) de quelques dizaines de Becquerels de Tritium aurait été constatée. Il semble que la fissure ait été « réparée avec du ruban adhésif » sans qu’il soit possible de comprendre s’il s’agit d’une réparation antérieure ou postérieure à la découverte de la fuite.


(1) Japan Material Testing Reactor, réacteur Japonais d’essais de matériaux

(2) Le bombardement neutronique incessant engendré par la réaction nucléaire entraîne une fatigue et une déstructuration lente mais notable des matériaux exposés

(3) Les installations d’Oarai n’ont pas été touchées par le tsunami car elles étaient situés sur une petite colline surplombant l’océan


Sources :

jijipress, 25/10/12, japonais

Future of JMTR, JAEA, 2009

Status of JMTR after Great Eastern Japan Earthquake, JAEA, 2011

« Les réacteurs expérimentaux », CEA, 2010

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  • Ubick

    Une activité promue à un bel essor: la vente de « gaffer » (rouleau adhésif toilé dans le jargon ingé-son) à l’industrie nucléaire…

  • trifouillax

    Bon fil d’infos nucs, je vais d’ailleurs le placer en lien

    Merci pour ce partage,
    Trifou

  • Sylvie 80

    Puisqu’on parle de déchets, les 2 derniers à La Hague qui datent de vendredi :
    http://www.romandie.com/news/n/_Nouvel_incident_de_niveau_1_a_La_Hague_RP_261020122221-11-266316.asp
    Nouvel incident de niveau 1 à La Hague
    RENNES – Un incident, classé de niveau 1 par l’Autorité de Sûreté Nicléaire (ASN), s’est produit vendredi à l’usine de retraitement des déchets nucléaires de La Hague (Manche), a annoncé Areva.
    Cet incident s’est produit dans le cadre du rejet en mer d’eaux faiblement radioactives d’un volume de 133,3 m3, après une analyse sur l’ensemble de ce volume conformément à la procédure, indique dans un communiqué l’opérateur.
    Mais, précise Areva, durant le délai d’attente des résultats (des 133 m3), un volume de 1,1 m3 d’effluents de même nature s’est ajouté suite au dysfonctionnement d’une vanne.
    Après obtention des résultats d’analyse (des 133 m3), vérification de l’origine des effluents rajoutés et confirmation de l’absence d’impact, le rejet a été autorisé alors que la procédure d’exploitation aurait nécessité de refaire une analyse sur la totalité du volume, soit 134,4 m3, explique Areva.
    En l’absence de conséquences pour le personnel, l’environnement et l’installation concernée, mais du fait que l’analyse ait été effectuée sur 99% du volume au lieu de 100%, l’Autorité de Sûreté Nucléaire a classé cette anomalie au niveau 1 de l’échelle INES graduée de 0 à 7, conclut Areva.
    Un premier incident, qui devrait également être classé de niveau 1 par l’ARS, s’était déroulé sur le même site dans la journée. Il portait sur des fûts de déchets produits dans les années 1970 et toujours entreposés à la Hague.
    Un programme prévoit que chaque fût fasse l’objet de mesures radiologiques. Sur plus de 3.600 fûts contrôlés, les quantités de matières nucléaires mesurées sur 2 d’entre eux sont légèrement supérieures à la limité définie par les règles d’exploitation, sans présenter de risques en matière de sûreté, avait indiqué Areva dans un précédent communiqué.
    Au regard du dépassement d’une valeur règlementaire, il a été proposé à l’Autorité de Sûreté Nucléaire de classer cet évènement au niveau 1 (sur 7, ndlr) de l’échelle INES, avait précisé Areva.
    (©AFP / 26 octobre 2012 21h31)

    Courage et ayons confiance !
    Sylvie