Fukushima : des niveaux de radioactivité incohérents dans l’unité 1F1

Tepco a diligenté plusieurs nouvelles missions d’exploration du confinement 1F1 à Fukushima-Daiichi

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Tepco a organisé ces derniers jours plusieurs missions d’exploration du confinement de l’ex-unité n°. 1 de Fukushima-Daiichi. L’opérateur a utilisé pour ce faire l’ouverture X100B qui a été prolongée à travers la cuve de confinement le 25 septembre.

Fukushima : des niveaux de radioactivité "bizarres" dans l'unité 1F1

L’emplacement de l’ouverture effectuée dans la cuve se situe juste au-dessus de l’un des énormes évents (1) reliant le confinement au tore situé au niveau inférieur. Afin de pouvoir accéder au fond du drywell – l’endroit le plus intéressant car le combustible en fusion aurait théoriquement dû passer par ce point -, l’opérateur a imaginé un petit bras télescopique permettant de franchir le mètre supplémentaire pour passer au-delà de l’évent.

Le schéma suivant permet de bien visualiser les emplacements respectifs du drywell, des évents et du tore. Rappelons que le tore mesure environ 8m de diamètre et a été imaginé il y a 50 années afin d’augmenter artificiellement le volume des confinements des réacteurs Mk1 de General Electric.

Le 11 octobre, une petite caméra CDD filme le piédestal du confinement

Les photos distribuées par Tepco sont assez nettes mais ne renseignent pas sur une éventuelle dégradation de l’embase en béton du confinement. Quelques débris d’apparence métallique de couleur blanc-bleu sont visibles sur le piédestal.

Le 12 octobre, un échantillon d’eau est prélevé au niveau du bas du confinement

Cet échantillon est bizarrement peu radioactif : Tepco communique un débit de dose mesuré à 0.5 mSv/h, ce qui reste assez modeste sachant que le niveau de dose ambiante juste au-dessus du niveau de l’eau est estimé à 0.3 mSv/h.

Les analyses confirmeront un peu plus tard que l’activité de l’eau relevée à ce niveau est en fait inférieure à celle de l’eau stockée dans les bâtiments-turbines ou encore celle constatées à l’entrée du système de décontamination.

Activité de Césium Total de l’échantillon prélevé au niveau du piédestal : 5.4*10^4 Bq/cm3

Comparaison avec un échantillon prélevé en juin au niveau de l’unité n°. 2 : 6.7*10^4 Bq/cm3

Cette comparaison semble indiquer que le combustible ne se trouve à priori pas dans la zone estimée par l’opérateur (2) car l’activité et le débit de dose auraient dus être bien supérieurs à proximité immédiate du corium, même refroidi.

Ultime bizarrerie : le débit de dose augmente en s’éloignant de la zone dans laquelle le combustible est censée se trouver !

Sans tenir compte de l’effet de blindage possible au niveau de l’eau, la radioactivité semble bien plus élevée dans la partie supérieure du confinement car le débit de dose relevé augmente au fil de l’éloignement la source probable. Quelque chose ne va pas : cette source devrait – d’après Tepco – reposer peu ou prou sur ou dans le piédestal / radier en béton mais tous les relevés effectués récemment au niveau de l’unité n°. 1 tendent à affirmer le contraire.

Une chose est sûre : le combustible ne se trouve plus dans la cuve du réacteur

Le cœur de l’unité n°. 1 est, de l’aveu même de l’opérateur, celui qui a le plus souffert lors de la fusion du combustible ; comment est-il possible que les niveaux de radioactivité constatés dans son confinement soient nettement moins élevés que ceux relevés au même niveau de l’unité n°. 2 en mars 2012 (de 40 à 70 Sv/h) ?

Il serait logique de conclure, au regard de ces comparaisons, que le combustible fondu puisse effectivement se situer au niveau du radier de l’unité n°. 2 ; en ce qui concerne l’unité n°. 1, les éléments en notre possession permettent désormais de douter fortement de cette éventualité. Si le corium n’est plus dans le réacteur, s’il n’est plus dans le confinement, il s’agira alors du premier accident nucléaire majeur qui aura entraîné le déconfinement de toutes les « barrières » radiologiques et la disparition pure et simple d’une partie du combustible de l’unité 1F1 de Fukushima-Daiichi…


(1) 8 évents de décompression mesurant chacun environ 2 m de diamètre

(2) Une soixantaine de centimètres sous le niveau du piédestal n°. 1


Sources : Tepco, Asahi Shimbun

(1984)

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  • maxchar

    Les mesures ne sont pas nécessairement incohérentes. S’il reste un peu de combustible dans le réacteur qui se trouve en haut de l’enceinte de confinement, il n’est pas anormal que la radioactivité diminue lorsqu’on s’éloigne, vers le bas, et quand on plonge dans l’eau. Comme l’eau est renouvelée en permanence, il est normal qu’elle soit moins radioactive en haut que vers les fonds de la pièce du tore chargés des matières radioactive.

    • trifouillax

      Je ne crois pas : la pénétration X-100 se trouve à OP+15 et le fond de la cuve réacteur à environ OP+14 (voir les 2 schémas ci-dessus), donc la partie inférieure de la cuve RPV est située plus bas que le point de mesure D9. L’essentiel du corium devrait se trouver (d’après Tepco) posé sur le radier, juste au niveau OP+6. En admettant que 5% du Corium soit resté « accroché » au niveau de l’ex-cœur (hypothèse logique) et 95% se trouve posé sur le fond du radier, dans quel sens devrait aller l’accroissement de la radioactivité, selon vous ?

      D’autre part je suis très sceptique sur l’effet de transfert de la radioactivité du corium vers l’eau. Autant la « poudre noire » (combustible fragmenté), si elle existe, a été évacuée est l’est peut-être encore par cette voie pour se trouver ensuite piégée dans les filtres de décontamination autant – pour moi – le corium y est insensible car globalement insoluble. L’eau glisserait sur le corium, en quelque sorte, à supposer que la première est bien en contact avec la seconde.

      Cordialement,
      Trifou

      • maxchar

        Comme j’imagine que la radioactivité mesurée n’est pas du niveau qu’on peut attendre d’un corium complet mais seulement d’une faible fraction de celui-ci, le rayonnement observé est compatible avec ce qui pourrait rester dans la cuve pressurisée (RPV). Est-ce que le reste (la plus grande part) du corium est sagement sur le radier sous 2,8 m d’eau ou plus profond je ne sais pas. C’est hallucinant que les moyens d’observation ne soient pas plus performants. Rajouter quelques hélices et un stabilisateur gyroscopique à la caméra pour explorer un peu plus loin, c’est pas comme aller sur Mars tout de même.

      • trifouillax

        Oui, Tepco veut aller vite mais pas trop : après tout, s’ils repéraient l’emplacement exact de la majeure partie du corium (si c’est possible, il existe une grosse inconnue à ce niveau), que feraient-ils de l’information ?

        C’est exactement le même problème que la diffusion de l’alerte initiale : vaut-il mieux laisser les populations exposées à une dose de radioactivité provoquant des effets à moyen et long terme ou risquer de provoquer une panique qui induirait peut-être bien plus de dégâts dans un temps très bref ?

        Ces politiques qui nous gouvernent cherchent toujours à gagner du temps…

        En ce qui concerne le niveau de dose au contact d’un « full corium » on peut l’estimer à la louche de quelques centaines à quelques milliers de Sieverts. L’unité 2 doit probablement dépasser 100 Sv/h au niveau de la partie du cœur qui semble être restée accrochée dans ou sous le réacteur.

        Trifou

  • Lionel

    Si la totalité du combustible s’est échappé, une grande partie sous forme de cette fameuse poussière noire, pourquoi ne parle-t-on jamais de la nature de cette poussière ?
    Ça me revient bêtement à l’esprit en lisant un article de l’AIPRI sur ce sujet et la question est simple, depuis le temps que des échantillons sont partis à l’analyse le facteur a dû en rapporter les résultats…
    On y recherchait des actinides, dont les PU238 à 241, éventuellement sous une forme séquestrée en nanocages qui ont donc pu sous cette forme rester en suspension et se répandre ainsi à travers la totalité de notre atmosphère !
    N’en déplaise aux éternels grincheux sceptiques, ce sont des théories mises en avant depuis le mois de Juin 2011 qui reviennent au devant de la scène et à juste titre, ces nano particules seraient extrêmement difficiles à détecter du fait de leur taille et de leur statut émetteurs alpha.
    Nous nous sommes focalisés sur le côté corium mais la majeure partie des combustibles aurait pu être libérée dans l’atmosphère, non ?
    … Et somme toute, s’y baladerait toujours en attendant des poumons accueillants !

    • trifouillax

      Oui Lionel ces constatations peuvent renforcer l’hypothèse d’une température extrême lors de la fusion ayant provoqué la volatilisation d’une partie du corium par le haut du confinement via l’effet « Arnie » (le joint du couvercle du confinement se dilatant).

      Mais les éléments lourds dont le point d’évaporation est le plus haut (de mémoire, les actinides) ont bien du rencontrer entretemps leur point de fusion et s’écouler vers le fond du confinement en passant quelque part… Pas du côté examiné par Tepco en tout cas…

      De mémoire quelques jours après le 14/3 nombreux étaient ceux qui s’interrogeaient déjà sur le chemin emprunté par le combustible en fusion, en fait on n’est pas plus avancé à ce jour malgré les rodomontades de Tepco et des autorités Japonaises.

      Trifou

  • HP

    fichu système de reconnaissance illisible…

    • trifouillax

      De quoi est-il question précisément ?
      Trifou

      • HP

        chaque fois qu’il y a un lien il y a un code à recopier et la seconde partie en italique est difficilement lisible. comme mon post n’apparaissait pas, j’ai cru m’être trompé.

  • trifouillax

    Oui mais une des hypothèses est que cette paroi (le pied du réacteur / pedestal) aurait pu s’écrouler lors de l’effondrement / chute du cœur (meltdown / melthrough). C’est probablement ce que Tepco a voulu tenter de vérifier avec cette expérience, vérifier si le pied ne s’était pas écroulé et le corium répandu sur la totalité du radier. Apparemment ce n’est pas le cas ; on en revient à l’hypothèse vaporisation partielle (?) et descente des fluides dans l’axe du réacteur. C’est assez voire très embêtant car le corium serait alors très compact : la lance thermique…

    • HP

      L’épaisseur du béton du piedestal du réacteur ne doit pas être énorme, 1 mètre,1 et demi? Même en comptant l’absorption de l’eau, pas de quoi empêcher un compteur de s’affoler à proximité de dizaines de tonnes de combustible fondu, s’il était sagement posé derrière ce béton. Les dizaines de tonnes de métal à 2800°C ont dû vaporiser le radier tellement vite que, latéralement, le béton du piedestal n’a pas été assez rongé pour être traversé… Bon voyage, corium.

  • maxchar

    ajout à mon message : en lisant le rapport BNL-NUREG—37676 on apprend qu’il y a non deux ouvertures dans ce mur, et que le corium ferait 85 cm si on l’étale dans le cercle interne, et 22 cm si on l’étale sur tout le radier.

  • trifouillax

    Document très intéressant, on visualise également une page plus loin (p.54) l’évent de décompression vu de côté ce qui permet de constater qu’il n’est pas ouvert mais profilé, ce qui explique pourquoi la caméra ne rentre pas à l’intérieur…

    Merci encore pour ce partage,
    Trifou