Partager la publication « Des données éclairantes sur les fiabilités comparées de la flamme et du nucléaire »
Une centrale électronucléaire nécessite de 5 à 10 fois plus de personnel d’exploitation qu’une unité « flamme » équivalente
- Une tranche nucléaire moyenne emploiera environ 400 à 700 employés pour assurer son exploitation courante (source : NEI, USA, EDF : Flamanville) soit un taux moyen d’emploi de 0.5 à 1/MWe
- Une centrale flamme « combinée » récente nécessitera seulement 60 techniciens pour son exploitation courante (source : dossier de presse Bouchain / EDF) soit un taux moyen de 0.08/MWe
L’exploitation courante (sans même évoquer les colossaux et coûteux chantiers de construction et de déconstruction) d’une unité de production électronucléaire est donc nettement plus « encadrée » que celle d’une unité flamme moderne. Pourquoi ?
Des contraintes d’exploitation, de sécurité et de maintenance radicalement augmentées pour obtenir finalement une fiabilité nucléaire toute relative
Le rendement des unités flamme récente est environ 2 fois supérieur à celui d’une unité électronucléaire (60 à 70% contre 30 à 35%). A puissance électrique générée équivalente, le réacteur nucléaire nécessitera donc environ deux fois plus de puissance mécanique pour faire fonctionner les installations en phase d’exploitation ; ces circuits et équipements supplémentaires seront non seulement à maintenir mais également partiellement fragilisés par le bombardement neutronique permanent engendré par la fission nucléaire, un phénomène dont nous avons souvent parlé.
Une disponibilité également largement à l’avantage de la flamme
Un réacteur nucléaire, de par sa conception, (nécessité des arrêts réguliers pour rechargement de combustible et maintenance) ne produit en fait de l’électricité que moins de 80% du temps ; à titre de comparaison, une unité de production flamme fonctionnera environ 90% du temps (CPT Blénod) et une unité hydroélectrique (barrage) plus de 99% ! Et quand la production électronucléaire est stoppée, c’est souvent que des techniciens travaillent – dans des conditions pénibles – au rechargement ou à la maintenance de l’unité en attente, que l’arrêt de tranche soit programmé ou non.
Plus d’entretien = moins performant et moins sûr
Imaginons un véhicule hasardeux provenant d’une contrée lointaine et exotique (un tchouk-tchouk nucléaire ?) et opposons-le à un véhicule correspondant au standard Européen par exemple. Admettons que le véhicule peu fiable connaisse 10 pannes aux 100.000 km alors que le plus fiable affiche un taux de panne de 5 / 100.000 km. Sur ces 5 pannes supplémentaires, l’une touchera peut-être un organe de sécurité comme la direction, le train roulant, le circuit de freinage, et sera possiblement à l’origine d’un accident, tracas qui épargnera statistiquement l’autre véhicule et les humains impliquées dans l’accident putatif.
Eh bien, une machine en valant une autre, cet exemple est directement transposable à notre débat ! Moins une mécanique est fiable, plus elle subit d’agressions de par le principe même de son fonctionnement ou de sa fabrication exotique, plus elle sera susceptible de défaillir et d’engendrer statistiquement et donc obligatoirement des incidents plus nombreux pouvant à leur tour évoluer vers des accidents graves.
Autre manière de voir les choses
Quand EDF calcule qu’un réacteur nucléaire moyen est susceptible d’engendrer un accident majeur tous les 10^5 années-réacteur (1), cette possibilité est loin d’être improbable, inimaginable ou, mieux encore : « impossible » ; c’est même tout le contraire puisque la probabilité est définie par l’exploitant lui-même !
Lorsque, le 1er janvier 2012, en guise de vœux à l’opérateur, M. Repussard, directeur général de l’IRSN affirme qu’« EDF sous-estime les risques d’un accident nucléaire », on se dit que la probabilité accidentelle effective doit être, vu la forme de la remontrance, nettement supérieure au chiffre initialement claironné par l’exploitant ? Pas très rassurant tout ça…
Nous calculerons pour terminer la probabilité formelle de survenue d’un accident majeur sur une unité non-nucléaire (fusion de cœur, dispersion de particules contaminantes, irradiation prolongée des environs du site) : ZÉRO ! Nous sommes donc dans l’impossibilité mathématique (DIV/0) de procéder à un quelconque raccordement arithmétique entre un accident majeur électronucléaire et quoi que ce soit d’autre, sauf, peut-être un conflit nucléaire localisé (2), ce qui nous ramène d’ailleurs finalement à l’histoire du développement du nucléaire militaro-civil : « un peu d’électricité et beaucoup de plutonium », selon une formule que l’on pourrait attribuer, au choix, à Nikita Khrouchtchev ou à DD. Eisenhower.
Et enfin le vieux débat du nucléaire : « bon ou mauvais » pour l’emploi ?
Et si certains évoquent parfois une théorie fumeuse selon laquelle le nucléaire c’est « bon pour l’emploi », nous répondrons en guise de conclusion que si, par extraordinaire, les personnels de maintenance en question avaient – réellement – le choix de leur métier ils ne se porteraient sûrement pas tous volontaires pour s’introduire prestement dans un générateur de vapeur encore tiède ou encore, entre autres passe-temps récréatifs, à plonger dans une piscine de désactivation surchargée.
(1) Détaillons le calcul théorique : 100.000 / 58 réacteurs : 1 accident majeur « théorique » sur le parc français tous les 1724 ans
(2) Hypothèse que nous préférerions nettement à un conflit nucléaire généralisé que nous ne serions probablement pas en mesure de commenter de manière sereine
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Le blog français des veilleurs de Fukushima