Partager la publication « L’opérateur PSEG a défié l’ouragan Sandy le matin du 30 octobre à Salem »
Nous annoncions avant-hier que le site nucléaire de Salem avait été l’un des 7 sites nucléaires du Nord-Est des États-Unis affectés par l’ouragan Sandy dans la nuit du 29 au 30 octobre ; il semble d’après des informations non-officielles mais crédibles que la situation ait été en fait bien pire que celle annoncée conjointement par l’opérateur et la NRC, et que ni l’un, ni l’autre n’ont souhaité réduire la puissance produite ne serait-ce que de quelques pour cent, au cours de ce qui ressemble à une main de poker jouée contre l’un des plus puissants ouragans de l’histoire récente des États-Unis.
L’opérateur PSEG a finalement capitulé devant Sandy en initiant un arrêt manuel bien tardif
Nous avions repris avant-hier la déclaration d’incident déposée par l’opérateur du site de Salem qui annonçait un arrêt d’urgence manuel suite à des problèmes de pompage d’eau de refroidissement ayant débouché sur la perte de 4 des 6 systèmes d’échange thermique (échange circuit primaire / secondaire).
L’arrêt d’urgence manuel a été effectué à 0109 EDT. Le premier point anormal est que l’opérateur PSEG (1) n’a en fait reporté cet « événement » que 3 heures plus tard, précisément à 0410 EDT alors que les procédures de la NRC imposent une déclaration immédiate ou, du moins, dès que l’événement est connu.
Ce genre de déclaration tardive est souvent due à la panique ambiante qui accompagne toujours – malgré les rodomontades ultérieures – ce genre de situation critique mais elle est parfois l’indice d’une situation encore bien plus ennuyeuse que ce que l’opérateur ne décrit finalement. Vérifions si ce n’est pas le cas.
Selon un rapport Platts, il semble que PSEG aurait risqué le pire pour ne pas baisser les yeux face à l’ouragan
Les informations communiquées par simplyinfo.org, site d’information alternative généralement sérieux et très bien informé, précisent que les faits dont nous allons parler ne sont évoqués à aucun moment dans les déclarations officielles de l’opérateur et que la NRC elle-même n’y fait aucunement allusion dans ses communiqués.
La seule source semi-officielle disponible se trouve dans le bulletin Platts du 31 octobre (2) qui précise que, d’après des informations obtenues auprès du CEO de PSEG, Ralph Izzo, l’ouragan Sandy avait en fait endommagé 5 des 6 pompes chargées de capter les eaux de la baie de Delaware afin d’alimenter le circuit secondaire de l’unité n°. 1 de Salem.
5 pompes sur 6 endommagées et PSEG ne baisse pas pour autant la puissance d’un seul pour cent, au risque de surcharger la dernière pompe opérationnelle !
Il semble donc que l’incident n’ait pas concerné directement les échangeurs de chaleur qui sont installés à la croisée des circuits primaire et secondaire, généralement au niveau des bâtiments-turbine des installations, mais les pompes qui sont, elles, situées dans un bâtiment annexe situé au pied de la rivière Delaware.
Nous apprenons également que l’opérateur aurait réussi à remettre en service une pompe dans l’urgence mais n’aurait rien pu faire concernant les 4 autres.
La culture de l’insécurité nucléaire
Cette manière de (ne pas) réagir face à une situation se détériorant rapidement nous rappelle l’attitude de l’opérateur Tepco quand il s’agissait, le 11 mars 2011 vers 18h, de condamner ses « chers réacteurs » en les inondant d’eau de mer et qui tergiversait vis-à-vis des autorités : aurions-nous le temps de réfléchir encore un peu ? Êtes-vous sûr qu’il n’y ait pas d’autre solution ? Savez-vous ce que cela va nous coûter ?
La preuve par neuf
Il est facile de prouver que, dans ces circonstances graves, l’opérateur a joué son va-tout face à l’un des événements naturels les plus graves qu’ait connu les États-Unis : le rapport de la NRC indique bien que l’opérateur a procédé à l’arrêt manuel d’urgence alors que l’unité tournait à pleine puissance, manœuvre insensée surchargeant d’autant plus le travail de la dernière pompe disponible…
Ces gens, à Fukushima, à Salem et sûrement ailleurs, sont-ils tous frappés de folie ? Pire encore, pourquoi l’organisme de régulation NRC n’a-t-il pas communiqué ouvertement sur la situation exacte de la centrale ? En tout cas certainement pas par ignorance de la situation réelle car chaque centrale menacée avait vu – par « précaution » un inspecteur de la NRC se déplacer sur le site afin de « superviser » les opérations ; pour précautions, peut-être mais pour l’information du public, sûrement pas…

Chaque site menacé disposait de la présence d’un inspecteur de la NRC (blog officiel de la NRC)
(1) Public Electric Service & Gaz, opérateur associé à Exelon dans la gestion du site de Salem
(2) Platts, société bien connue et plus que centenaire diffusant des expertises et des informations indépendantes sur les énergies
Source : simplyinfo.org, 1/11/12, anglais
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