Partager la publication « Fukushima-Daiichi : une anomalie au niveau du tore de suppression 1F1 ? »
Les 13 et 14 février, Tepco a renouvelé l’opération menée sur l’unité n°. 2 les 27 et 28 janvier ; un trou similaire a été foré, ce dernier étant situé cette fois-ci au niveau du plancher du 1er étage de l’unité n°. 1 de Fukushima-Daiichi ; l’opération s’est à priori bien déroulée et nous permet de valider quelques éléments de comparaison entre les 2 unités et d’oser une hypothèse sur l’état du tore de suppression 1F1.
Un opération équivalente menée aux mêmes emplacements des unités 1 et 2 de Fukushima-Daiichi
Pour commencer, nous pouvons vérifier d’après ces documents que Tepco a procédé au forage d’un trou à un emplacement sensiblement similaire ; seules quelques petites différences sont notables du fait d’un agencement de l’unité n°. 1 légèrement différent, son réacteur étant plus petit que le n°. 2 et une petite salle (échangeur du circuit RHR) n’étant pas présente au niveau du bâtiment-réacteur n°. 1
(1) Emplacement comparé des forages au niveau des unités n°. 1 et 2
Une vision différente malgré un emplacement sensiblement similaire
L’opération menée au niveau de l’unité n°. 2 fin janvier avait ainsi débouché sur des tuyauteries (?) alors que l’orifice équivalent foré le 14 février au niveau de l’unité n°.1 a, semble-t-il, débouché sur une vue dégagée (non obstruée) sur la salle du tore n°. 1. A moins que…
(2) Le trou de l’unité n°. 1 (g) et celui foré dans le plancher de l’unité n°. 2 (d)
Le document ci-dessus permet également de constater que le trou a été foré de manière légèrement différente : au niveau de l’unité n°.2 ( à droite) le béton de 70 cm d’épaisseur environ a été percé en 2 étapes, le “premier étage” d’un diamètre de 30 cm et le second d’un diamètre de 20 cm. Sur 1F1 (à gauche), il semble que le forage principal (300 mm) ait concerné la totalité de l’épaisseur du béton puis qu’un second trou de 200 mm ait concerné un élément rougeâtre qui pourrait possiblement correspondre au tore de suppression, la couleur (rouge-orange) et l’épaisseur approximative (10 à 15 cm) semblant correspondre.
(3) Nous ne voyons pas comment la surface rouge aurait pu être aussi régulière après le forage ?
Il s’agit peut-être de la surface du tore dont la couleur et l’épaisseur pourraient correspondre
Un élément vient pourtant contredire cette belle hypothèse : le tore est théoriquement distant du plancher du niveau 1 (le plafond du niveau zéro) d’environ 1.4 m comme nous pouvons le vérifier sur le document Tepco ci-dessous reprenant la planimétrie de la salle du tore auquel nous reportons les indications sur le tore Mark1 transmises par le Laboratoire Lawrence de Livermore (fig.5, p.8).
(4) Planimétrie du tore 1F1 de Fukushima-Daiichi
Le tore devant théoriquement se trouver 1.4 m plus bas que le plafond en béton, notre hypothèse devient-elle du même coup complètement foireuse ? Pas forcément…
Le tore n°. 1 aurait pu basculer sous l’effet des contraintes induites par l’explosion du 12 mars 2011
Résumons nos éléments :
1) L’épaisseur du plancher béton est bien de 0.65 m d’après la planimétrie OP.
2) Tepco valide lui-même dans le document ci-dessous que le forage de 300 mm de diamètre a bien été pratiqué sur une profondeur de béton “d’environ 0.7 m”
3) Si le béton est ainsi foré sur la totalité de l’épaisseur de la dalle béton au diamètre de 300 mm, alors dans quoi est foré le second trou de 200 mm ?
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(5) Quelque chose cloche sur ce schéma : le béton mesurant 65 cm, où est foré le trou le plus fin ?
L’une des hypothèses – si tout ce qui est décrit ci-dessus s’avère exact – est que l’immense tore de suppression aurait pu basculer ou encore se briser à la suite de l’effet de souffle induit par l’explosion du 12 mars dont on suppose qu’au moins une partie s’est développée au niveau des étages inférieurs de l’unité n°. 1. La partie du tore située au Nord du bâtiment réacteur aurait pu se voir soulevée pour être projetée au niveau du plafond de la salle du tore alors que la partie Sud s’abaissait proportionnellement pour se projeter contre le plancher de la salle du tore.
Le tore du suppression, un élément aussi vital que bricolé
A l’évidence, les concepteurs du confinement Mark1 n’ont jamais supposé que le tore de suppression – qui est déjà une “béquille” destinée à renforcer un confinement insuffisamment développé – puisse, vu sa situation dans les tréfonds du bâtiment-réacteur, se retrouver endommagé par les forces mécaniques consécutives à la fusion du cœur et une dégradation ultérieure du confinement.
L’immense tore (40 m de diamètre total sur presque 10 m de diamètre pour le tore lui-même) repose ainsi sur une frêle structure mais est avant tout fixée au confinement par l’intermédiaire des 7 ou 8 pipes de vent (SRV ou Safety Relief Valve) dont nous savons que certaines auraient pu se voir endommagées par le corium s’échappant de la cuve réacteur et empruntant ensuite le chemin du pedestal.
(6) Le tore de 2000 tonnes : un colosse aux pieds d’argile !
Nous avions développé ce schéma de progression du corium au sein du confinement par l’intermédiaire des pipes de recirculation de vapeur, le plancher en béton du pedestal ne se trouvant que quelques dizaines de cm plus bas que le niveau inférieur desdites pipes, la flaque de corium aurait fort bien pu emprunter ce chemin pour endommager les pipes-support et se retrouver finalement assez rapidement au niveau de la salle du tore, lieu où se serait finalement produit une explosion “vapeur” au contact de l’eau, provoquant un possible basculement du tore et une éventuelle brisure de ce dernier.
Hypothèse n°.2, toujours dans le cas où le tore soit effectivement sérieusement endommagé
Une autre hypothèse pourrait être que le tore de l’unité n°. 1 ait souffert des énormes secousses engendrées par le séisme s’étant produit le 11 mars 2011 à 14h46 locales, mais attention : Tepco est assez chatouilleux sur l’argument d’installations-qui-n’ont-absolument-pas-été-endommagées-par-le-séisme, au point de refuser à la commission d’enquête mandatée par le parlement Japonais de procéder à une inspection des réservoirs de l’Isolation Condenser de l’unité n°. 1 en mars 2012 !
Interdiction de contrôler des énormes réservoirs d’un côté, une possible anomalie relevée au niveau d’un immense réservoir de l’autre, pensez-vous que les deux évènements puissent être liés et se rapporter à des dégâts précoces sur les installations induits par le séisme ? Qu’en pensez-vous, amis lecteurs ?
Sources :
Drilling Holes for the Investigation of Unit 1 Torus – Tepco, 14213
Drilling Holes for the Investigation of Unit 2 Torus – Tepco, 28113
Effects of torus wall flexibility on forces in Mark 1 BWR pressure suppression system – LLL, 1977-78
Lire également :
A Fukushima-Daiichi, un trou et des mSv pour rien – gen4, 29113 (l’opération équivalente au niveau de l’unité n° 2)
Analyse et commentaires sur l’investigation menée par Tepco le 26 juin au niveau de la chambre de suppression 1F1 – gen4, 28612
Fukushima : des niveaux de radioactivité incohérents dans l’unité 1F1 – gen4, 121012
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