L'affaire de la prolongation des centrales nucléaires se décortique bien mieux après que l'on ait évoqué quelques analogies : Une voiture de 58 ans... Un ordinateur de 58 ans... Un équipement ou une machine industrielle de 58 ans... C'est pourtant ce que vient de décider la nouvelle agence de sécurité nucléaire Japonaise au sujet de l'unité n°. 1 de la centrale de Genkaï, située dans l'extrême Sud du Japon.

Un réacteur dont la technologie date de la première partie des années 1970

Le réacteur n°.1 a été le premier construit sur le site de Genkaï et a été relié au réseau en 1975. Il s'agit d'un réacteur à eau pressurisée délivrant une puissance électrique très modeste (530 MWe) ; à titre de comparaison, le plus ancien réacteur français (Fessenheim 1) a été raccordé au réseau en 1979 et délivre 880 MWe.

La NISA juge néanmoins ce réacteur "sûr" jusqu'en 2033 - selon quels critères objectifs convergents ?

Un simple examen au microscope électronique aurait permis aux inspecteurs de la NISA de vérifier que la cuve du réacteur avait plutôt bien réagi aux poids des années (1) et que son état "ne devrait pas inspirer d'inquiétude" avant la 3ème décade du XXIème siècle.

En France, de 30 à 40 ans mais au Japon, pas loin de 60 ans ?

La durée de vie d'une cuve de REP français a été estimée à 30 années (disponibilité de 100%) ou à 40 années (disponibilité effective de 70%) d'irradiation au combustible nucléaire. Au-delà, c'est théoriquement la fin de l'exploitation de l'unité et le démantèlement du réacteur car la cuve est un des rares éléments d'une centrale nucléaire qui ne peut être remplacé.

A Fessenheim, la cuve peut se briser en deux si elle refroidit trop !

Une vieille cuve de réacteur comme celle de Fessenheim I se voit d'ailleurs affublée de contraintes supplémentaires : il est interdit de laisser la température du cœur descendre sous les 80° C sous peine de voir la cuve s'ouvrir en deux comme une vielle cafetière rouillée.

La prolongation des centrales : une décision Japonaise suivie de près pouvant déboucher sur une fuite en avant généralisée

Bien sûr, l'opérateur national français envisage d'étendre la durée d'exploitation et surveille attentivement les pays qui ont quelques années d'avance sur ce problème, si l'on peut dire... Un pas après l'autre, le village nucléaire marque et jalonne son territoire en dépit des protestations et du simple bon sens populaire. Faudra-t-il une révolte, une révolution ou un accident plus que prévisible sur des installations aussi vétustes et d'une technologie aussi ancienne ? Que diriez-vous si vous conduisiez - autrement que pour le plaisir - en 2030 une vénérable Dauphine de 1967, une "tout à l'arrière" 3 vitesses semi-synchronisées et équipée d'un réservoir d'essence d'époque particulièrement délabré et non remplaçable ?
Sources : Mainichi daily, 28 juillet, anglais Quelle durée de vie pour les centrales françaises ? Science Actu, 17/9/09
(1) L'exposition au bombardement neutronique dégagé par le phénomène de fission modifie la structure des matériaux qui y sont exposés