Sur quels types de réacteur a-t-on repéré des cuves fissurées ?
- La cuve en question équipe des réacteurs à eau pressurisée fabriqués par Framatome/Areva mais conçus initialement par Westinghouse, de modèle WE/PWR 3-L, c'est à dire comportant 3 générateurs de vapeur.
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Westinghouse PWR-3L (USNRC, 4-5)[/caption]
Quel est le fabriquant de la cuve incriminée ?
La société Hollandaise
Rotterdam Drydocks (1), qui a fait faillite en 1983, a réalisé en tout 21 cuves de ce modèle pour équiper les WE/PWR-3L de Westinghouse / Framatome / Areva.
Sur quelle installation ce défaut a-t-il été initialement découvert ?
Le site électronucléaire de Doel, situé à 25 Km au Nord-Ouest d'Anvers, près de la frontière Hollandaise. Le site est exploité par Electrabel,
filiale de GDF-SUEZ. L'unité n°. 3 a été construite à partir de 1975 par FRAMECECO, (Framatome-Acec-Cockerill) et raccordée au réseau en 1982.
Quel est précisément le défaut découvert et par qui l'a-t-il été ?
Il s'agirait (rien n'est définitif) d'au moins une fissure d'une largeur de 15 à 20 mm découverte lors d'un contrôle décennal effectué par Intercontrôle (2) à la demande de l'AFCN (3) en juin 2012, donc réacteur à l'arrêt. La cuve incriminée présenterait en outre de nombreux défauts au niveau de sa partie inférieure.
Quels sont les autres sites concernés par ces défauts potentiels ?
De manière probable, l'unité n°.2 du second site électronucléaire Belge de Tihange, situé quand à lui près de Liège, dans l'Est du pays.
De manière possible, toutes les cuves PWR-3L réalisées par RDM qui seraient estimées à environ une vingtaine par
lemonde.fr dont une dizaine aux USA.
Pourquoi ces défauts "sortent-ils" maintenant ?
L'AFCN insiste - un peu lourdement - sur le fait que ces défauts auraient été
présents depuis la fabrication initiale des cuves et n'auraient été repérés que "grâce à une nouvelle technique évoluée de contrôle non-destructif".
Il faut savoir malgré tout que les cuves de réacteurs nucléaires subissent des contraintes importantes : chocs thermiques, bombardement neutronique qui fragilise les alliages utilisés, contraintes mécaniques liées à la taille (13m x 4.4m) et au poids (300 tonnes) des cuves.
Quelle est la durée de vie d'une cuve de réacteur nucléaire ?
La durée de vie d'une cuve était estimée initialement à une trentaine d'années mais a fréquemment été rallongée pour des raisons uniquement financières.
Il est amusant de constater que la cuve de Doel-3 vient juste de passer le cap des trente années de service : première divergence à l'été 1982, 3ème VD en juin 2012 !
Le défaut est-il réparable ?
Non. Si l'on peut à la rigueur réparer un confinement tombant en lambeaux (4), des défauts d'une telle importance au niveau d'une cuve-réacteur ne peuvent être réparés et la cuve elle-même ne peut être changée car elle est bien trop lourde, trop radioactive et trop contaminée par trente années de contact avec la réaction de fission du combustible nucléaire.
Il semble en outre que les défauts soient localisées en "cur de cuve" autrement dit que les parois ne soient pas elles-mêmes fissurées (pour l'instant). Il est donc doublement impossible d'agir et l'unité n°. 3 de Doel pourrait bien se voir ainsi définitivement mise à l'arrêt.
Ce problème pose-t-il un danger quelconque pour les riverains de la centrale ?
A priori non, car les parois de la cuve seraient intactes et le réacteur en arrêt à froid. En approfondissant un peu, toute fragilisation de la cuve est forcément néfaste pour la dispersion éventuelle d'éléments radioactifs extrêmement volatils comme les gaz nobles (5) qui peuvent franchir des matériaux fragilisés ou dégradés, que se soit au niveau des barres de combustible ou du circuit primaire.
Nous serions tentés de dire que cette découverte est plutôt une bonne nouvelle car elle permet de mettre au premier plan le problème du vieillissement des unités électronucléaires, même si cette hypothèse n'est pas - à raison ou à tort - celle retenue initialement par l'agence de Contrôle Belge.
La réactivité (médias, agence de contrôle) semble assez bonne sur ce dossier et ça, c'est carrément une bonne nouvelle ; il faut toutefois rappeler que
la Belgique ne fabrique pas de nucléaire, elle se contente de l'utiliser jusqu'en 2025, date à laquelle
la dernière unité de production électronucléaire Belge fermera son dernier réacteur.
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Tihange (Gamma)[/caption]
(1)
Rotterdamsche Droogdok Maatschappij NL.
(2) Intercontrôle : Organisme de contrôle et de certification nucléaire, filiale d'AREVA
(3) AFCN :
Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire
(4) EDF est le grand spécialiste des "
rustines de confinement"
(5) Gaz nobles ou rares : radionucléides très volatils et mobiles fabriqués par la réaction de fission ; généralement considérés comme peu radio-toxiques, leur énorme quantité en inventaire et leur mobilité en font des contaminants redoutables - passés sous silence - en cas d'accident majeur
Bibliographie :
PWR systems, USNRC
"La commission Européenne ignorait les problèmes de Doel-3", lalibre.be, 9/8/12
"Deux réacteurs nucléaires de GDF-Suez à l'examen", lefigaro, 8/8/12
"Fiche d'informations sur le réacteur [Doel-3] et la cuve du réacteur", AFCN, 8/10/12
"Soupçons sur les cuves de 22 réacteurs nucléaires", lemonde.fr, 9/8/12