Chubu Electric au pied du mur à Hamaoka

Nous évoquions récemment les travaux de "mise en sécurité" retardés à Hamaoka, Chubu Electric vient d'annoncer que la situation du réacteur n°. 5 de cette même centrale, située à 200 Km au Sud-Ouest de la capitale Japonaise, est bien plus grave qu'annoncé et que le réacteur pourrait se voir condamné à la suite d'une contamination "mortelle" du cœur par de l'eau de mer.

Le cœur de Hamaoka-5 irrémédiablement endommagé par l'eau de mer ?

Le 6 mai 2011, le Premier ministre Naoto Kan réclame l'arrêt immédiat des réacteurs n°. 4 et 5 de Hamaoka, suite aux inquiétudes de sismologues évoquant un séisme majeur probable au niveau de la faille de Nankaï.

Situation de la centrale d'Hamaoka

Chubu Electric s'exécute de mauvaise grâce, prétextant une sécurité optimale au niveau de son site, pourtant présenté comme l'un des plus dangereux du Japon de par son implantation. Quelques jours après, le 15 mai 2011, Chubu informe la NISA qu'à la suite de la rupture de tubes de transfert thermique au niveau du condenseur de vapeur de la turbine n°. 5, 400 tonnes d'eau de mer auraient traversé le condenseur dont une partie (1) "pourrait" être remontée jusqu'au cœur du réacteur. Hamaoka-5 est un réacteur de type ABWR de 1212 MWe, mis en service en 2004 et le plus récent du site. Le condenseur de vapeur situé au niveau de la turbine est fabriqué par Hitachi ; il permet l'échange thermique entre la vapeur du circuit primaire après qu'elle ait actionné les turbines et l'eau de mer utilisée dans le circuit secondaire. [caption id="attachment_1699" align="aligncenter" width="640"] Les condenseurs de vapeur de l'ABWR sont situés sous les turbines de production[/caption] Le condenseur de vapeur est un des points sensibles de la technologie BWR : si des tubes d'échange cassent à ce niveau, les eaux de condensats (radioactives) et l'eau du circuit secondaire (eau de mer) se mélangent avant de remonter vers le réacteur et la source d'eau froide, tout en contaminant la salle des turbines au passage (2).

Une corrosion irrémédiable et irréversible des éléments du cœur

Plusieurs centaines de mètres cubes d'eau de mer auraient ainsi traversé le condenseur avant d'être partiellement réinjectées dans le cœur du réacteur en stand-by. Chubu Electric pourrait ainsi être amené à stopper définitivement l'unité n°.5, car ce type d'accident est réputé comme irréversible : l'eau de mer contamine des centaines d'éléments différents qu'il est impossible de réparer ou de remplacer. A Fukushima-Daiichi, l'ordre de refroidir les réacteurs en surchauffe avec de l'eau de mer avait ainsi été retardé le plus possible par Tepco qui savait pertinemment que cette injection d'eau salée signait la mort des réacteurs.

Chubu Electric en difficulté financière ?

Sur le plan financier, l'opérateur, très handicapé par l'arrêt total de son seul site de production électronucléaire, aurait dépensé en 2011 environ 13 milliards de Yens (130 millions d'Euros) pour importer du gaz et du pétrole nécessaires à ses centres de production "flamme". Les travaux de "mise en sécurité" du site d'Hamaoka seraient par ailleurs estimés à environ 140 milliards de Yens (1.4 Milliard d'Euros) ; l'opérateur doit également faire face aux travaux de démantèlement des unités n°. 1 et 2, stoppées prématurément fin 2008. l'opérateur n'a pas encore été en mesure d'estimer les montants des éventuelles réparations de l'unité n°. 5 mais sa capacité financière semble très compromise par ces différents événements. Décidément, c'est dans l'air du temps, tout ce qui touche à l'électronucléaire eut payé mais ne paye plus !
(1) D'après Reuters, environ 5 tonnes d'eau de mer seraient remontées dans le cœur (2) Toujours d'après Reuters, Chubu aurait déclaré lundi que des niveaux de radiations "faibles" avaient été relevés dans la salle des turbines de l'unité n°. 5 Sources : Atomic Power Review, 4/8/12 "L'heure de vérité de Chubu Electric", Reuters, 2/8/12