Du Radium 226 dispersé sur la population de St. Louis ?
Lisa Martino-Taylor, professeur de Sociologie à l'Université de St. Louis, a récemment soutenu dans sa thèse de Doctorat que la tristement célèbre compagnie US. Radium aurait fabriqué un composé radioactif, le FP-2266, à base de Radium, qui aurait été incorporé dans un aérosol qui aurait ensuite été disséminé à titre "expérimental" sur la population de certains quartiers de la ville vers les années 1960.Orange County, USA, années 1920
L'affaire des "Radium Girls" fit grand bruit aux États-Unis car elle était la manifestation de l'un des premiers "échecs" scientifiques touchant la radioactivité. A partir de l'année 1917, la société US. Radium fit appliquer de la peinture Undark à base de Radium 226 sur des cadrans de montres, réveils... par plus de 4000 employées au total qui ignoraient tout de la radiotoxicité du produit utilisé. Lors de leur formation, les employées étaient entrainées à mouiller au moyen de leurs lèvres le bout du pinceau qui leur servait ensuite à appliquer la peinture fluorescente, manuvre parfaitement inoffensive selon US. Radium, alors que, très cyniquement, leurs propres chimistes manipulaient à l'étage supérieur la peinture Undark à l'aide de gants, pinces et écrans de plomb. Bien des années plus tard, en 1922, les premiers cas de Radium Jaw - Ostéosarcome radio-induit du maxillaire - apparaissaient chez les employées ; les ouvrières survivantes se regroupèrent pour intenter en 1928 un procès contre US. Radium qui fit les grands titres de la presse de l'époque. [caption id="attachment_2870" align="aligncenter" width="640"]
Les "Radium Girls" au travail : la peinture Undark contenait 22 µCu de Ra-226 par gramme (400 µSv/h au contact d'un gramme de peinture) cf. https://carlwillis.wordpress.com/tag/undark/[/caption]
US. Radium, le Tepco américain ?
La manière dont la société US. Radium traita le (non-)problème d'empoisonnement de ses ouvrières fût à la hauteur des mensonges d'État qui entourèrent la catastrophe de Fukushima-Daiichi : dissimulations de la gravité de la situation, manquements graves aux règles de sécurité (1), tentatives de subornation des experts médicaux et scientifiques, manipulation des dossiers médicaux des employées... Rien ne fût épargné aux malheureuses que leur employeur alla jusqu'à accuser de murs dissolues ayant entrainé des maladies vénériennes à la source des pathologies osseuses... [caption id="attachment_2869" align="aligncenter" width="640"]
L'une des "Radium-Girls" en 1924[/caption]
Les affaires sont les affaires
La société US. Radium, nullement affectée par ce premier scandale étouffé (2) poursuivit ses activités sous le nouveau nom de Safety Light Corp. (sic), qu'elle mettra en uvre à partir de 1926 (3). Son fondateur, le Dr Von Soshocky, disparaissait d'ailleurs peu après, tué par sa propre invention qui déclencha chez lui une anémie aplasique radio-induite. Les affaires étant les affaires, la société exploita ensuite plusieurs sites de traitement de minerais radioactifs, notamment en Pennsylvanie sur un site fermé en 2007 et qui dut être décontaminé par l'État Américain suite à la faillite de l'entreprise en 2008.Saint-Louis, Missouri, 1955-1965 : l'expérience maudite
D'après le Professeur Martino-Taylor, US. Radium aurait été l'une des sociétés ayant mis au point un composé appelé FP-2266 qui aurait été livré à l'armée américaine dès les années 1940. Cette poudre fluorescente était composée d'un sulfure de Zinc, de Cadmium et du radio-élément Ra-226, composant qui le rendait singulièrement fluorescent sous un éclairage ultra-violet. L'utilité de cet aérosol reste mystérieux à ce jour, différentes hypothèses exposent une expérimentation passive anti-radiation typiquement "guerre froide" (basée sur un élément radioactif ?), un écran de fumée destiné à protéger la ville de St. Louis en cas d'attaque aérienne Soviétique (sic) ; d'autres sources affirment que l'expérience était plutôt du genre "active" et que la ville de St Louis avait été "choisie" pour sa ressemblance avec certaines villes d'Union Soviétique. Bref, le flou le plus complet (4). L'aérosol FP-2226 semble avoir été dispersé en direction d'un quartier pauvre et majoritairement colored (noir) de St Louis appelé Pruitt-Igoe qui abritait environ 10.000 habitants dont environ 7000 jeunes de moins de 12 ans ; le quartier de Pruitt-Igoe a ensuite mystérieusement été rasé en 1972.Des diffuseurs placés sur des buildings et dans des parcs publics
L'armée américaine avait utilisé d'autres moyens mobiles de dispersion d'aérosols "expérimentaux" (5) comme les avions ou les hélicoptères - ou même des véhicules terrestres - mais il semble que lors de "l'expérience" menée à St Louis des diffuseurs d'aérosols fixes aient été utilisés. Un des rapports militaires déclassifiés explique ainsi qu'entre autres, l'un des plus hauts bâtiments de la ville, le Knight of Colombus a accueilli un moment les équipements sur sa terrasse. [caption id="attachment_2871" align="aligncenter" width="634"]
Les "diffuseurs" installés sur un bâtiment de Forest Park, St. Louis[/caption]
Deux Sénateurs locaux réclament des explications
Le Professeur Martino-Taylor a patiemment rassemblé les pièces d'un puzzle en demandant par exemple une à une la dé-classification de documents militaires mais une partie de l'énigme reste secrète : il apparaitrait en effet que les militaires et les scientifiques concernés par l'opération menée à St. Louis faisaient en fait partie du célèbre projet Manhattan qui désignait aux USA tout ce qui concernait les applications militaires ultra-secrètes de l'atome depuis les années 1940. Afin d'éclaircir un peu plus cette affaire plus qu'opaque malgré les travaux acharnés de la sociologue, les Sénateurs Claire Mc Caskill (Dém.) et Roy Blunt (Rép.) ont officiellement réclamé l'ouverture d'une enquête sur ce que ce dernier a appelé des découvertes "totalement révoltantes". Malgré ou plutôt à cause de ce questionnement, les services de presse des intéressés ont indiqué n'avoir reçu à ce jour aucune réponse officielle à leurs interrogations. Sans blague ?Des inquiétudes sur la santé des habitants exposés
Malgré le manque cruel d'étude épidémiologique, les habitants exposés semblent connaître des épisodes de mortalité par cancer importants, ce qui a amené le Dr Martino-Taylor à faire de cette expérience le sujet de sa thèse de doctorat. Parmi sa famille et ses amis, nombreux étaient ceux affectés par un cancer qui se posaient de nombreuses questions en lien avec l'expérience maudite. Certaines familles pauvres (et noires) ont ainsi constaté qu'une partie des fratries était touchée par des pathologies cancéreuses infantiles. EDIT (08/10) La version officielle évoque bien une radioactivité résiduelle à St. Louis mais qui serait due soit aux essais nucléaires Soviétiques de 1958 (sic, merci à P. Scampa) soit par un dépôt de minerais situé au Nord de la ville qui renfermerait des déchets de Radium (tiens tiens), de Thorium et d'Uranium. Aucun mot sur les éventuels essais de dispersion d'aérosols radioactifs.(1) Les premiers règlements de radioprotection apparurent aux USA. vers 1922 mais la société US Radium n'en tint aucun compte (2) Le procès fut abandonné après que les ouvrières, gravement malades et à qui il restait peu de temps à vivre, acceptèrent finalement en novembre 1928 un dédommagement conséquent de US. Radium ; ce deal leur évita de devoir connaître le résultat d'un procès scandaleusement lent... dans leurs tombes (3) Date incertaine... le changement de nom s'effectua au cours des années 1980 d'après la NRC (4) Désinformer largement est une tactique bien maitrisée par les autorités et les "agences" américaines... (5) On se souvient bien sûr du tristement célèbre agent "orange" à base de dioxine dispersé largement au Vietnam
Sources : The Manhattan-Rochester Coalition, Thèse de doctorat de Lisa Martino-Taylor, 07/2012 Army scientists secretly sprayed St. Louis with radioactive particles, Daily Mail, 29/9/12 I-Tteam : The Army's secret Cold War experiment on St Louisans, KSDK TV, 25/9/12 (Vidéo, 4'21'') St. Louis North County feasibility Study, USACE, (2003 ?) 350 CPM from Indoor Airborne Paticles, St. Louis, Mo, 18/11/11, Vidéo Youtube, 15' L'histoire des Radium Girls et d'US Radium, Wikipedia L'affaire des irradiées du New-Jersey, Slate, 2011 Undark Paint and Radium Girls, damninteresting.com, 2006
The Radium Girls, Bill Kovarik

6 réactions
1 De Roland
- 07/10/2012, 08:39
2 De Frédéric Boutet
- 07/10/2012, 20:06
3 De trifouillax
- 08/10/2012, 15:53
4 De Christian Abel
- 01/12/2012, 19:32
5 De Christian Abel
- 01/12/2012, 19:52
6 De trifouillax
- 01/12/2012, 22:30